L’endettement étudiant : pleins feux sur un fardeau de plus en plus contraignant

Par Dorian Paterne Mouketou

Les chiffres sur la dette étudiante au Québec sont nombreux. Tous les constats emboitent tout de même le pas dans la même direction : la dette contractée pendant les études est un fardeau pour de nombreux étudiants pendant et même après leurs études.

Aux États-Unis, il suffit de consulter le site collegedebt.com pour suivre en temps réel l’augmentation de la dette étudiante. Présentement, elle s’élève à plus de 1601 milliards de dollars. Selon une enquête publiée en septembre 2017, la dette étudiante américaine, qui a atteint son record historique, retarderait de sept ans l’accession à la propriété des jeunes étudiants et repousserait leurs mariages. Une des principales causes de cet endettement faramineux est l’ampleur des frais de scolarité.

Au Québec, l’Aide financière aux études (AFE) est au premier rang des sources d’endettement des étudiantes et étudiants à temps plein de 1er cycle universitaire. La deuxième source d’endettement est les prêts bancaires et les marges de crédit. Enfin, pour beaucoup d’entre eux, la carte de crédit est au troisième rang des sources d’endettement.

La dernière enquête sur les conditions de vie des étudiantes et des étudiants réalisée par le gouvernement du Québec remonte à 2013. Dans cette étude, près de la moitié des personnes interrogées disaient avoir une dette. Pour 87 % des répondants, la dette pendant les études était considérée comme un investissement.

Dans sa note intitulée L’endettement étudiant : un investissement rentable?, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) explique que « le report du coût des études sur les étudiantes et étudiants mine la santé financière des personnes diplômées : difficultés à épargner, à financer un régime de retraite, à accéder à la propriété, etc.  À cela s’ajoutent les effets négatifs sur l’accessibilité aux études et sur la persistance scolaire. » Les universités et le gouvernement du Québec ont justifié la hausse des coûts de scolarité en invoquant le prétexte du sous-financement universitaire, essayant ainsi de convaincre les étudiantes et étudiants que le recours aux prêts et bourses est un investissement rentable.

Selon le nouveau rapport de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE), le ratio de la dette étudiante comparé au revenu disponible était de 171 % en 2017. Quant au niveau de la dette, le rapport souligne une augmentation de 140 % en 13 ans. « Le système est passé d’un modèle financé par des fonds publics à un modèle soutenu par les fonds publics et les étudiantes et étudiants ont été obligés de combler le vide », dénonce la FCEE. Selon la plus grosse fédération étudiante à travers le pays, « le Canada pourrait se joindre aux 18 nations qui ont peu ou aucun frais de scolarité pour la formation postsecondaire et les bénéfices seraient importants. La dette étudiante serait réduite et les diplômées et diplômés pourraient poursuivre leurs rêves librement. »

Les étudiants plus endettés que les Québécois moyens

Un sondage Ipso-BDO Canada en 2017 révélait qu’alors la dette étudiante serait supérieure à celle d’un Québécois moyen. Ces dettes étaient comparativement de 12 624 $ et de 16 816 $. Il est à noter qu’une bonne partie de l’argent gagné une fois sur le marché du travail sert à payer la dette contractée pendant les études. C’est donc une pression énorme qui repose sur les épaules des universitaires québécois qui doivent rembourser leurs dettes avec des taux d’intérêt élevés auprès des banques. De ce fait, comme le révèle le sondage Ipso-BBO Canada, on remarque un retard dans la vie de la population québécoise en raison des dettes d’études. Parmi les répondantes et répondants, 43 % ont mentionné ce retard pour l’achat d’une maison, 20 % pour avoir des enfants et 14 % pour leurs mariages. À ce fardeau s’ajoutent les sacrifices pour payer la dette.

Quelle est la limite d’endettement au Québec?

Il existe un Programme canadien de prêts aux étudiants. Seuls les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le Québec gèrent leur propre programme de prêts d’études. Au Québec, la limite d’endettement est de 36 000 $ si la durée du programme d’études est de plus de 28 mois au premier cycle. Pour les programmes de deuxième cycle, elle est de 42 000 $ si la durée du programme est de 20 mois et moins. La limite atteint un montant de 48 000 $ si l’étudiant complète son programme d'études en plus de 20 mois. En tout, pour tous les cycles, le gouvernement du Québec impose une limite de 55 000 $. Les étudiantes et étudiants bénéficiant d’un programme d’études à l’extérieur du Canada peuvent recevoir jusqu’à 70 000 $.

Travailler pour réduire sa dette : vraiment une bonne idée?

Certains étudiantes et étudiants bénéficiaires des prêts et bourses doivent travailler pour plusieurs raisons. Certains, pour réduire leur dépendance à la dette. Est-ce la meilleure solution? Michel Girard a écrit dans un article que « le programme de prêts et bourses du ministère de l’Éducation pénalise lourdement les étudiants à temps plein qui réussissent à arrondir leurs fins de mois en travaillant à temps partiel ou durant les vacances scolaires. » Selon lui, Québec pénalise les étudiants « en réduisant le montant de la bourse à raison de 50 cents par dollar de revenu que l’étudiant gagne dans l’année ». Il ajoute ainsi : « cela équivaut finalement à un “taux d’imposition” provincial de 50 % sur chaque dollar de revenu que l’étudiant gagne. »

Et vous, à quel point êtes-vous endettés?

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