L’entraînement du cerveau : comment soutenir la douleur pendant l’effort?

Par Marianne Myre-Bourgault

De la tête aux pieds, les athlètes doivent avoir recours à une excellente préparation avant leurs épreuves sportives. Alors que la préparation mentale joue un rôle prépondérant dans la performance, celle-ci est souvent mise de côté, voire même oubliée. Le consultant en préparation mentale Jonathan Lasnier focalise présentement ses études doctorales en sciences de l’activité physique sur l’usage des habiletés mentales afin de modifier la  perception de l’effort. Le Collectif a fait sa rencontre afin qu’il nous parle de sa passion : habiliter les sportifs afin qu’ils maximisent leur potentiel.

Optimiser ses habiletés mentales

Selon Jonathan, la préparation mentale correspond à cocréer des stratégies avec l’athlète dans le but d’augmenter sa performance ainsi que son bien-être. Jonathan souligne que celui-ci joue un rôle majeur dans le processus : « Ce n’est pas le préparateur mental qui a réponse à tout. La personne devant nous, c’est elle l’experte de sa vie. » Il ajoute qu’il souhaite donner du pouvoir à l’athlète sur ses performances sans toutefois lui donner toutes les réponses. Accompagné d’un professionnel, il est possible pour l’athlète de développer plusieurs habiletés mentales telles que la fixation d’objectifs, la motivation, la confiance en soi, le discours interne, la pleine conscience, la gestion du stress, l’imagerie et bien d’autres. Dans sa profession, Jonathan vise donc à faire progresser les athlètes de haut niveau à travers ces capacités.

Muscler son cerveau

Ce que Jonathan aime le plus de sa profession? Toucher à l’aspect humain du sport. « J’adore le fait d’aider les gens à grandir intérieurement et à passer au travers de certains moments d’adversité. » Les interventions en préparation mentale peuvent se dérouler lors de rencontres individuelles ou lors d’activités de groupe interactives stimulant la réflexion. Jonathan utilise le cycle des quatre « C » pour expliquer le genre de pratique qu’il effectue : il développe la « conscience de soi », transmet des « connaissances » qui rendront possible le fait de générer des « choix », qui par la suite permettront aux athlètes d’avoir plus de « contrôle » sur leur mental. Même si les consultants en préparation mentale sont des professionnels, il est important de noter que ceux-ci ne traitent pas les problèmes de santé mentale, un acte réservé aux psychologues et aux médecins.

Améliorer sa perception de l’effort

Depuis plusieurs années, les physiologistes tels que Samuele Marcora de l’Université du Kent tentent d’expliquer ce qui limite la performance en endurance. Dans ses études, des cyclistes ont été soumis à des tests d’épuisement. Alors que les participants devaient pédaler à une vitesse fixe jusqu’à épuisement total, les résultats démontrent que lorsqu’ils se sont arrêtés, les cyclistes auraient eu les ressources physiologiques pour continuer. Ces tests ont ainsi mis en évidence que ce serait notre esprit qui dicterait les limites physiques. Selon lui, ce ne sont pas les signaux de douleur envoyés au cerveau qui limitent la performance, mais bien le traitement de ceux-ci : « Avec une bonne préparation mentale, on peut s’aider dans la perception de cette information. »

Faire face à l’adversité

Jonathan nous éclaire par rapport aux habiletés mentales permettant d’agir sur la perception de l’effort. Tout d’abord, la « fixation d’objectifs » par la planification de l’effort, permet de faire face à l’adversité d’une épreuve sportive. Se donner une mission à atteindre à long terme permettrait d’accéder à la deuxième habileté mentale, la « motivation » nécessaire pour tolérer l’effort. En troisième lieu, le « discours interne » ou le fait de s’encourager pendant la tâche permettrait d’avoir un regard positif sur l’effort. Stephen Cheung, un professeur en physiologie de l’exercice à l’Université Brock a d’ailleurs soumis un groupe de cyclistes à un test d’épuisement faisant suite à deux semaines de préparation mentale à l’aide du discours interne positif. Cette préparation leur a permis d’augmenter leur tolérance à l’épuisement de huit à onze minutes! Enfin, la « pleine conscience », une habileté permettant d’être dans le moment présent tout en acceptant sans jugement ses pensées peut également permettre à l’athlète d’apprendre à percevoir un signal de douleur comme un signal neutre au lieu d’une menace.

Performer dans tous les domaines

Jonathan indique que beaucoup de gens s’imaginent que les consultants en préparation mentale travaillent seulement dans le sport.  « La performance est omniprésente. Que tu sois un professeur, un médecin ou un astronaute, il faut que tu performes à ta façon. La préparation mentale peut être offerte à n’importe qui! » Que pouvez-vous faire comme exercice à la maison? Réfléchissez à votre meilleure et à votre pire performance. Tentez de déterminer quelles étaient vos émotions, vos pensées et vos sensations avant et pendant celles-ci. Puis, comparez vos réflexions. Quel semble être votre état optimal de performance? Comment pourriez-vous reproduire celui-ci? Enfin, Jonathan souligne que tout le monde souhaite atteindre son plein potentiel. Il nous rappelle que « la différence entre être bon ou excellent se porte dans l’attention au détail ».

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