L’épuisement étudiant – le dilemme de quitter le nid universitaire pour le « monde des grands »

Par Sofie Lafrance

À pareille date il y a un an jour pour jour, de profonds vertiges s’emparaient de mon être alors que j’avais l’impression d’être au bord d’une crevasse sans fond. Trop fatiguée pour entamer des études au deuxième cycle dans le même domaine que mon baccalauréat, et trop craintive pour quitter mon « nid universitaire », j’ai eu la profonde conviction de faire le bon choix en m’inscrivant à un certificat de premier cycle à l’École de gestion de l’UdeS. Changer d’air, voilà ce que je recherchais. Mais délaisser les bancs d’école, je n’y étais pas prête.

Difficile de faire autrement, étant étudiant(e)s depuis notre tendre enfance, lorsque vient le temps de s’envoler vers la vie professionnelle, plusieurs d’entre nous tardent à se lancer. De plus, à force de se faire marteler que les années d’études supérieures sont les plus belles de notre vie, on s’y pli, on y croit. Poursuivre des études supérieures, c’est travailler corps et âme pour des options de carrière diversifiées, c’est poursuivre un rêve que l’on effleure du bout des doigts, c’est avoir des objectifs bien précis. Or, une fois que ces longues années d’efforts viennent à terme, l’impression qu’un claquement de doigts seulement s’est écoulé depuis s’empare de nous. C’est tout? C’est terminé? C’est le temps de la carrière maintenant?

Du coup, rechercher de nouveaux défis étudiants « pendant qu’on y est », voir si d’autres programmes ne nous plairaient pas, élargir nos options professionnelles, c’est un réflexe collectif. Comme quoi, l’erreur est humaine. Si j’ai une recommandation à faire un an plus tard, c’est d’opter pour le laisser-aller plutôt que l’acharnement. Parce que oui, l’épuisement étudiant est une réalité. Entamer un programme scolaire qui nous est étranger et qui semble seulement pertinent sur un CV, même si ce n’est que pour une année, ce n’est pas une option idéale si la flamme est absente.

L’épuisement étudiant, au même titre que l’épuisement professionnel, peut prendre diverses formes. De la fatigue chronique, par les périodes de crises d’anxiété injustifiées, jusqu’aux rhumes à répétition. Il est ponctué de périodes creuses, où le temps semble figé, et de périodes douces, où l’on se convainc d’avoir fait le bon choix en continuant. Même si le programme d’études nous stimule et nous passionne, si le timing n’est pas le bon, rien ni personne ne peut y changer quoi que ce soit.

Rapidement, la vie sociale liée à ce monde universitaire se vide de son sens pour laisser place à l’isolement. Même expliquer ce sentiment à nos collègues de classe semble inutile; ils croiraient seulement que l’on se plaint de notre charge d’études et que l’on ne peut plus attendre les vacances. La session semble passée au compte-gouttes, comme une interminable lourdeur sur nos épaules. La détresse est difficile à détecter, même nous ne voulons pas y croire. Mais il ne faut pas craindre de mettre des mots sur ce que l’on ressent.

Pour ressurgir de cette situation, il importe de s’affronter soi-même, de se remettre en question, de se demander si l’on se trouve au bon endroit. S’écouter, s’entourer de personnes, d’énergies positives et reconnaître que les phases difficiles sont de passage est essentiel. Prendre du recul, une pause, se raccrocher à ce qui procure du bonheur sont quelques options pour revoir la lumière jaillir derrière cette masse noire. Pour ma part, étaler ces quelques mots sur une page me permet de vivre une thérapie personnalisée et de décharger ce fardeau que je n’osais extérioriser. Si cela peut aider même une seule personne, ma mission aura été accomplie.

Enfin, j’ai envie de dire aux personnes qui veulent bien l’entendre que tant qu’à se sentir submergé par l’école, pourquoi ne pas quitter cette zone douillette pour essayer autre chose? Cette expérience, même si elle s’est avérée l’une des plus difficiles de mon parcours, m’a permis de remettre mes priorités en ordre. Aujourd’hui, la crevasse sans fond est derrière moi et je suis prête à dire : « Salut, salut, monde scolaire, à une prochaine fois, peut-être. »


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