L’ère du bilan social

Par Claudie Bélisle Desjardins

« McDonald», «Zara», «Quebecor», «La caisse populaire Desjardins» ainsi que « Toilettage au Poil » renferment étonnamment la même essence : ce sont des entreprises. Bien que le terme puisse rassembler une imposante gamme d’entités, une mésentente collective relative règne quant à leur rôle dans notre société.

Certains aborderont un flanc plus fonctionnel, c’est-à-dire la production d’un service ou d’un produit en réponse aux besoins des consommateurs, alors que d’autres, plus optimistes, apposeront à la suite  de l’étiquette « servir l’intérêt public » une invocation à leur contribution essentielle au développement sociétal. Cependant, il serait tout à fait grotesque de passer sous silence l’aspect auquel une majorité de personnes associe sans cesse la finalité ultime de l’entreprise : la réalisation de profits. Auparavant estimée, la réalisation de profits s’avère être depuis longtemps la pierre angulaire du raisonnement entrepreneurial. La rentabilité demeure la facette la plus obscure et la plus condamnée dans son ensemble.

Une question de responsabilité

Les dernières frasques médiatiques ont entouré les grandes corporations et ont blâmé les effets de la personnalité morale, qui englobe la responsabilité limitée. Ces dernières frasques ont irrité plusieurs personnes en plus d’ébranler la fondation économique et la position des grandes corporations au sein de la société. La structure légale érigée afin de mettre le profit au-devant du bien public semble être la problématique de ces corporations dont dérivent des orientations inquiétantes.

Les externalités négatives qui sont caractérisées par des situations où une partie se retrouve défavorisée par l’action d’une tierce partie sans que cette dernière en paye le prix s’inscrivent dans l’érection du cadre des compagnies. Certes, les conditions de travail difficiles, les techniques de promotions invasives, la mise en danger d’individus et de la biosphère sont quelques-uns des maux dont l’acteur, qui se révèle être la société, supporte dans la réalisation de l’objectif pécuniaire des tiers, soit les entreprises. Encore défavorisés, l’idée de la collectivité et de l’interventionnisme de l’État tendent à se perdre dans les voiles de la privatisation. Bien que la performance soit priorisée, l’idée de lier un bénéfice à des besoins vitaux telles l’énergie, la santé et l’éducation risque d’entrainer la dénaturation du bien public en un vulgaire tas de chiffres accompagnés d’un symbole de « piasses ». Voilà quelques traits noirs qui assombrissent et gravent le visage des entreprises!

Un rôle central au sein de la société

Quoiqu’il soit pertinent d’attaquer la conscience morale de ces personnes légales, le développement de l’environnement dans lequel elles s’établissent est unique et capital. La profondeur des liens entre le système économique capitaliste et la démocratie libérale dans lequel s’inscrivent la plupart des entreprises d’Occident signale bien l’influence notoire de l’environnement. Cette étroite relation entre ces deux types de systèmes économiques dont plusieurs paradigmes découlent permet aux entreprises d’occuper la première marche de la production de richesse dans notre société. En ce sens, les individus modernes nécessitent ces entreprises afin de subvenir à leurs besoins essentiels, afin de se réaliser personnellement en tant qu’humains à travers leurs connaissances et afin de se définir au travers de la reconnaissance qu’elles peuvent apporter.

En participant au bon fonctionnement de la société, les salariés sont formés et se forment personnellement ainsi que professionnellement afin de rendre plus productive et rentable l’entreprise, qui elle, dégage des bénéfices qui sont réinvestis dans la formation de ces individus et dans l’intérêt public. Ce réinvestissement, qu’il soit sous forme de taxes par l’État ou qu’il soit directement injecté par souci de responsabilité sociale, contribue au développement de son environnement. Bien que les entreprises œuvrent dans le domaine privé, elles sont les financières majoritaires de la structure publique et sont responsables de la qualité de la composition sociétale.

L’heure du bilan

Ce pouvoir social exercé par les entreprises a tant bien que mal généré l’aplatissement de la Terre qui s’empreint dorénavant d’une démarche holistique laissant présager une responsabilité sociale davantage importante. Le développement durable s’inscrit dans la foulée de la croissance du respect social, environnemental et éthique des critères apposés par la société. La posture active souligne leur objectif non seulement pécuniaire, mais également la promotion de leurs valeurs dans la société. Elle tente de corriger les sombres gravures apposées sur le portrait des entreprises. Il semble que la personnification complète de l’entreprise est visée puisque certaines entreprises détiennent la personnalité morale en plus, désormais, de devoir avoir un jugement de valeur de ses propres actes et en répondre.

 

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