Les ailes de la guerre

Par Lucas Bellemare

Si l'attention médiatique concernant les élections présidentielles américaines tourne souvent autour des frasques de Donald Trump, la politique étrangère trouve quelques fois le moyen de s'insérer. Le dernier débat a permis de soulever cela davantage, principalement l'enjeu de la guerre civile syrienne. L'animateur Chris Wallace a posé une question très intéressante à Hillary Clinton sur un élément clé de sa politique extérieure : l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie.

Une zone d'exclusion de ce genre signifie l'interdiction du survol aérien dans une aire déterminée. Dans le contexte où Clinton deviendrait présidente et irait de l'avant avec cette idée, aucun appareil aérien ne pourrait survoler la Syrie, sous peine de commettre une action illégale. Cela irait donc contre l'intérêt du président Assad, mais aussi des Russes, qui appuient fortement le régime syrien.

La question de Wallace était en deux temps : d'une part, quelle est la réponse de Clinton aux préoccupations du président Obama sur la question, et d'autre part, serait-elle prête à abattre un avion russe qui violerait l'exclusion aérienne. Hillary Clinton n'a pas répondu. Elle s'est limitée à défendre son point, affirmant que cela permettrait de sauver des vies et que le tout serait négocié avec les acteurs, dont la Russie et la Syrie. Clinton a ensuite déplacé le débat sur l'enjeu des réfugiés pour attaquer Trump, ne revenant pas sur le sujet. Elle n'a jamais précisé si oui ou non elle abattrait le fameux avion russe.

Clinton n'est pas seule à prôner cette option, mais elle semble en minorité. Chris Wallace avait mentionné qu'Obama était récalcitrant à l'idée, mais aussi le général Joseph Dunford, commandant en chef des forces armées. Selon Global Research, Dunford aurait affirmé devant le Sénat que l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne signifierait une déclaration de guerre contre la Syrie et la Russie. Jill Stein, candidate du Parti vert, affirme sur C-SPAN que Clinton veut déclencher une guerre aérienne contre la Russie, voire une guerre nucléaire.

Ironiquement, une autre opposante à une zone d'exclusion aérienne est Hillary Clinton elle-même. Selon le Huffington Post, elle aurait affirmé dans un discours pour Goldman Sachs en 2013 qu'une telle action tuerait beaucoup de civils syriens, puisque cela impliquerait la destruction des défenses antiaériennes syriennes.

Il y a encore un bout de chemin à parcourir avant que cette idée ne soit mise en application. Il faudrait d'abord et avant tout qu'Hillary Clinton gagne les élections, que ses nominations soient acceptées par le Sénat et qu'elle convainque ses conseillers. Rien ne garantit que la zone d'exclusion aérienne serait une fatalité si elle devenait présidente. Cependant, considérant qu'il s'agit d'un élément de son programme, nous nous devons de considérer les impacts d'une telle décision. Tout aussi important, il faut se demander pourquoi cet enjeu est si peu soulevé dans les médias. Plusieurs pensent que Clinton pourrait entraîner les États-Unis en guerre. Une guerre qui débuterait dans le ciel, portée par les ailes des avions et des faucons.


Crédit photo © media.salon.com

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