Par Josiane Demers 

Le traitement réservé au peuple Ouïghour par les dirigeants chinois est de plus en plus médiatisé. Il est maintenant impossible pour les États d’ignorer les mesures de répression que vit cette population musulmane minoritaire concentrée dans la région du Xinjiang située au nord-ouest de la Chine. Par une motion initiée par le Parti conservateur, le Canada devient le premier pays à reconnaitre un génocide à l’endroit de ce peuple.  

Comme rapporté par la Presse canadienne le 22février dernier, dans un vote de 266voix sur 338sièges, la Chambre des communes a reconnu qu’un génocide contre les Ouïghours se déroule actuellement. Le Bloc Québécois soumis un amendement visant le Comité international olympique afin « de déplacer les Jeux olympiques de 2022 si la République populaire de Chine continue ce génocide et demande au gouvernement dadopter officiellement cette position ». Plusieurs députés libéraux, incluant le premier ministre Trudeau, ont choisi l’abstention lors du scrutin.  

Des relations déjà difficiles  

Bien que socialement et humainement, il soit difficile d’être en désaccord avec une telle motion, il y a lieu de s’inquiéter des représailles potentielles chinoises alors que les relations sino-canadiennes sont, depuis quelques années, pratiquement glaciales.  

Il faut rappeler qu’en 2018, les États-Unis ont lancé un mandat contre Meng Whanzhoula numéro deux de l’entreprise chinoise Huawei, et ont demandé au Canada de l’arrêter dans le but de l’extrader. Cette saga, toujours en cours d’ailleurs, a été lourde de conséquences pour le pays. À la suite de ces évènements, en plus d’avoir arrêté deux diplomates canadiens prétextant l’espionnage, la Chine a imposé des tarifs à l’industrie agroalimentaire canadienne en plus de boycotter certains produits, dont le porc et le canola 

Selon un article de Francis Vaille paru l’an dernier dans La Presseles boycottages ont un impact financier sur les producteurs locaux, cela représente environ 596millions de vente. L’Agence canadienne du commerce agroalimentaire (ACCA) continue de faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir des résultats et la reconnaissance de ce génocide, bien que louable, ne risque pas d’améliorer les choses.  

La Chine outrée 

Dans des propos tenus à l’émission Rosemary Barton Live de CBC, l’ambassadeur de Chine à Ottawa qualifie la motion adoptée par la Chambre des communes de « provocation malicieuse, de geste honteux, d’ingérence grossière dans les affaires internes de la Chine ». Il a également promis des représailles.  

Comme plusieurs pays avec un régime peu démocratique, la Chine vante les mérites des politiques de non-ingérence. En termes plus simples, cela veut dire qu’un État souverain ne se mêle pas de ce qui se passe sur le territoire d’un autre État souverain. Il y a souvent une corrélation entre ce principe et le niveau de transparence de ces pays.  

Le géant asiatique multiplie les traités de libre-échange avec des pays d’Afrique ainsi qu’avec l’Australie, ce qui confirme sa puissance grandissante sur le marché international. Les exportations canadiennes vers la Chine représentent environ 5% des revenus. Ça semble peu, mais il s’agit d’un double par rapport à 2010 

Le Canada devra user de diplomatie pour rebâtir certains ponts économiques, sans toutefois renier ses valeurs en matière de droits de la personne


Crédit montage @ Simon RD

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