Les élèves en situation de handicap : comment adapter le milieu universitaire à tous?

Par Léonie Faucher

Dans le cadre du mois de la pédagogie universitaire du 3 au 26 avril 2018 à l’Université de Sherbrooke, une conférence sur l’approche inclusive en milieu universitaire s’est déroulée le 11 avril dernier. Pendant la rencontre, les mesures prises et les difficultés de l’Université de Sherbrooke ont été observées par rapport à l’augmentation de la clientèle étudiante vivant avec un handicap.

La réalité de l’Université de Sherbrooke

L’Université de Sherbrooke suit l’approche inclusive en milieu universitaire comme plusieurs universités telles que McGill, Laval et UQAM. Les coordonnatrices d’activités étudiantes, Suzanne Lalande et Marie-Ève Authier, ont mentionné qu’une augmentation constante de la clientèle en situation de handicap touche le réseau universitaire. Ici, à l’Université de Sherbrooke, le nombre d’élèves en situation de handicap est passé de 227 (2007-2008) à 1 184 (2017-2018). La complexité des diagnostics a aussi augmenté face aux cas de comorbidité (des individus présentant plusieurs diagnostics). Conséquemment, la clientèle plus grande et les divers troubles engendrent une évolution des services offerts dans les établissements d’enseignement supérieur. L’approche inclusive apparaît comme une voie favorable pour cette nouvelle réalité, puisqu’elle soutient l’expression de la différence. De plus, elle permet au milieu universitaire de se questionner sur ses pratiques pédagogiques pour favoriser la réussite de tous sans toutefois déroger des objectifs et des exigences des cours.

Une formation pour le corps enseignant

L’approche inclusive en milieu universitaire nécessite des changements dans les différentes facultés qui feront face à des défis d’adaptation. En effet, les conseillères présentes à la conférence parlent d’un manque de soutien envers le corps professoral lorsque vient le temps d’accueillir un ou plusieurs élèves en situation de handicap dans leur classe. Les coordonnatrices émettent que leurs connaissances des troubles affectant ces élèves sont insuffisantes. Pour y remédier, les deux invitées recommandent l’accessibilité à une formation continue offrant des outils pédagogiques éprouvés pour permettre de mieux faire face aux situations confrontées par la communauté enseignante.

Une adaptation visant à fusionner la communauté étudiante

Dans un premier temps, la conception universelle des apprentissages a été abordée afin de faire connaître l’objectif d’introduire les étudiants et étudiantes en situation de handicap au milieu universitaire. Cette conception vise à adapter les cours en fonction des élèves et non d’adapter l’élève aux cours. D’abord pensé dans le domaine de l’architecture en ajoutant notamment des rampes aux bâtiments, le concept favorise un environnement qui convient à tous. Effectivement, la rampe n’est pas seulement utilisée par des personnes à mobilité réduite, mais également par les personnes munies d’une poussette qui peuvent accéder plus facilement aux bâtisses. Dans le domaine pédagogique, la conception universelle des apprentissages favorise des modèles souples permettant à l’entièreté de la classe d’atteindre des buts. Par exemple, en agrandissant les tailles de police, les individus avec un handicap visuel n’auront plus besoin de formules personnalisées pour leur situation. Ainsi, l’intégration à l’environnement d’études se fera plus facilement pour ceux-ci.

Un projet pilote répondant aux besoins des enseignants

Un projet pilote mené au Cégep de Matane dans le Vieux-Montréal propose un membre du personnel qui acquiert le titre d’enseignant-ressource pour ses pairs. L’objectif du projet Un prof qui parle aux profs est de reconnaître les besoins du corps enseignant qui accueille dans leur classe des élèves en situation de handicap. Cette personne-ressource est libérée de sa charge d’enseignant pour accueillir les préoccupations du corps enseignant en proposant une approche centrée sur les pratiques pédagogiques qu’offre l’enseignant ou l’enseignante. L’enseignant-ressource agit en tant qu’intermédiaire et traducteur entre les services adaptés et les classes. Alors, les membres du personnel trouvent un écho plus précis aux besoins qu’ils éprouvent comme pédagogues. Bref, l’expérience permet d’aider les pédagogues à se positionner face aux élèves en situation de handicap ayant un diagnostic particulier dans leur classe.

L’apprenant typique : un mythe!

Un mythe qui persiste dans les établissements scolaires est celui de l’apprenant type. L’Université de Sherbrooke tente de déconstruire ce mythe. La croyance du pied moyen dans la Ligue de hockey selon lequel un joueur de hockey talentueux porte du 8,5 de patin ne prend pas en compte les talents de ceux qui n’y correspondent pas et qui sont talentueux. Tout comme la communauté étudiante qui ne cadre pas dans un moule préétabli, puisqu’il existe plusieurs différences entre ses membres. Alors que cette distinction est remarquée, il est possible maintenant de voir comment adapter le système pédagogique afin d’inclure les diversités qui composent le corps étudiant. Effectivement, le cerveau humain comporte des variabilités, car chaque individu ne possède pas le même bagage culturel et social que son voisin. Par exemple, le cube Rubik présentant des couleurs n’est pas adapté à la variabilité des cerveaux, puisque certaines personnes comme les daltoniens ou les aveugles ne peuvent discerner les couleurs. Un cube qui respecterait la variabilité présenterait des couleurs et un code en braille (système d’écriture tactile) pour correspondre à tous. C’est ce que le milieu universitaire souhaite accomplir dans le domaine pédagogique : des cours fabriqués pour répondre à la conception universelle d’apprentissage.

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