Les étoiles ne peuvent briller sans obscurité

Par Christophe Lachance-Tardif

Depuis notre enfance, on nous a répété constamment à quel point la participation compte beaucoup plus que la victoire dans le domaine sportif. Il est indéniable d’admettre que le sport peut nous inculquer des valeurs et des principes inestimables qui vont nous servir dans toutes les sphères de notre vie future. Je pense notamment à l’humilité, au dépassement de soi, au respect et à la discipline. Malheureusement, le sport professionnel n’exploite pas exactement ces valeurs.

Je ne vous apprends rien en déclarant que la compétition est sur un niveau dimensionné dans le sport professionnel. L’argent coule à flots et la corruption règne dans l’industrie. La vision d’un club : faire le plus d’argent possible tout en essayant de gagner un championnat. Parfois, en raison de plusieurs facteurs, certaines équipes professionnelles ne peuvent suivre cette vision. Un processus risqué, mais profitable à long terme est alors enclenché.

De quoi s’agit-il?

Lorsqu’une organisation sent que son bassin de joueurs ne peut lutter contre des équipes prétendantes ou qu’un club ne possède pas les revenus nécessaires pour rivaliser avec les powerhouses, ses équipes choisissent alors d’entrer dans un processus qui s’appelle le « tanking » en anglais. Il n’y a pas d’énoncé français traduit pour ce terme, mais en bref, cette expression signifie tout simplement de faire exprès de perdre dans l’optique d’obtenir des meilleurs choix aux repêchages et ainsi, garnir ses filiales de jeunes prospects en prévision de gagner avec ce même noyau de joueurs dans un avenir rapproché.

Pour y parvenir, les équipes décident alors de liquider leurs vétérans à des équipes prétendantes en retour de choix au repêchage, de considérations futures ou de jeunes prospects. Dans tous sports professionnels confondus, il est très ardu de gagner lorsqu’une équipe met en place un jeune alignement. Bien évidemment, les formations commencent alors à perdre des matchs et la franchise, les joueurs et les partisans en souffrent énormément. Le mouvement est alors enclenché! Le but ultime? Sécuriser le premier choix au repêchage pour sélectionner un joueur de concession tels qu’un Kris Bryant, un Karl-Anthony Towns ou un Andrew Luck.

Ce processus n’est pas sans faille : il détruit le côté émotionnel des jeunes joueurs et l’organisation perd du revenu net en raison des déboires de l’équipe. Personne n’aime perdre, c’est encore plus difficile d’accepter de perdre lorsque tu sais que les dirigeants et les entraîneurs veulent échouer! Un boycottage imminent de la part des partisans? Peut-être bien…

Enfin du succès!

Seulement cinq ans auparavant, il était extrêmement mal vu de « tanker » dans l’industrie. En 2017, une multitude d’équipes qui n’ont pas les performances désirées vont « tanker » un moment ou un autre. Le processus ne garantit pas un succès instantané, cela peut durer un an (les Colts d’Indianapolis en 2011) ou plusieurs années consécutives (les 76ers de Philadelphie, les Oilers d’Edmonton, les Cubs de Chicago depuis le début des années 2010). D’autres formations « tank » depuis des années, mais n’ont jamais encore atteint les performances désirées (bonjour, les Browns de Cleveland). L’année dernière, le « tanking » des Oilers a finalement commencé à porter fruit, lorsque la formation de l’Alberta a déniché un certain dénommé Connor McDavid. Avec tous les choix au repêchage qu’ils ont accumulés au fil des années, les Oilers, qui connaissent une saison respectable, commencent enfin à voir la lumière au bout du tunnel. La souffrance des partisans est maintenant terminée et ces derniers sont très bien placés pour affirmer que les étoiles ne peuvent briller sans obscurité!


Crédit photo © Gabrielle Gauthier

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