carnetdevoyages-5J’ai un gros problème avec les extrémités. Je veux dire par là que je m’excite facilement pour les débuts pis les fins de choses.

Par Émile David

Quand j’ai eu à choisir où j’allais partir pour mon échange étudiant, j’ai regardé un peu partout : Oregon, Alaska, B.C., Norvège, Floride… Je cherchais pour un bout de continent avec une allure de bout du monde, une place où il y aurait un océan, une frontière, une limite quelconque qui me dirait : « C’est bon mon gars, t’as vu le boute, vire de bord asteure. » Mais quelque part entre ici et là, j’ai mis mon doigt sur la ville de Moscow en Idaho, pis c’est ici que j’ai fini par aboutir. Moscow, Idaho – Home of Nothing.

Le trajet

Je venais de traverser près du trois quarts de l’Amérique et je ne savais pas trop à quoi m’attendre quand j’ai passé la pancarte Welcome to Idaho. J’ai longé la 12 Ouest, bien excité par la Clearwater river, les feux de forêt et les hot springs, jusqu’à ce que les arbres commencent à disparaitre pour laisser place à un désert de foin jaune. Peu de temps après, je suis arrivé dans l’élégante ville papetière de Lewiston. Pour vous donner une idée, Lewiston c’est comme un gros East Angus. Je veux dire par là, c’est laite pis ça sent l’yabe. Bref, il me restait 20 miles à faire et j’avais l’impression que le décor périclitait sans bon sens. Une trentaine de minutes plus tard, je mettais les pieds à Moscow. Moscow, Idaho, – quand t’es perdu, t’es rendu – pays des vallons dorés et du ciel bleu éternel, fief de l’ennui tranquille.

Le début

Les premiers jours, j’ai eu droit à l’accueil pour les étudiants internationaux. On était autour de 300 étudiants, 98% d’entre nous étaient Brésiliens, 100% se demandaient ce qu’ils sacraient ben là. « Why did you chose Idaho ? », je demandais; « Idaho chose me ! », on me répondait. Parce que l’University of Idaho accueille tout le monde sans exception, la place devient une destination de choix pour ceux qui n’ont nulle part où aller. J’étais le seul, semblait-il, qui s’était laissé convaincre par les cours de rafting et la qualité de la pêche à la mouche.

Les premières semaines ont été un intense amalgame de découvertes, de nouvelles rencontres, d’adaptations et d’explorations. J’ai passé ces premières semaines-là dans la frénésie absolue. Je suis finalement tombé en amour 500 fois avec tout ce qui m’entourait, avec l’énergie des Brésiliens, avec la gentillesse des Américains, avec la complicité de mes partners de voyage Eve et Sabrina. J’en suis venu à chérir les collines jaunes, les couchers de soleil qui fredonnent la toune de Lucky Luke et les rivières mythiques des expéditions de Lewis et Clark.

carnetdevoyages-2 Pis

Puis, après le début y’a un milieu. Je suis un gars d’extrêmes coincé au milieu d’un trip au milieu de l’Amérique. J’ai prétendu ici que la pluie était un mythe, et pour longtemps j’ai cru qu’on m’y donnerait raison. Mais novembre est partout pareil, et ici aussi, après deux mois de soleil et de ciel bleu, les feuilles sont tombées et le thermostat avec. Depuis quelques semaines, il se passe doucement rien. Mes cours de vélo de montagne et de rafting sont finis, il me reste juste du tranquille. Et c’est correct comme ça.

Voyager, c’est une affaire. Voyager, c’est avoir le choix de partir quand on veut, de courir après les débuts et de choisir sa fin. Voyager, c’est vivre sans milieu. C’est chercher le bout et partir de l’autre bord quand on l’a trouvé. Étudier à l’étranger, ce n’est pas voyager, c’est vivre. C’est quatre mois d’une vie passés quelque part. C’est accepter qu’à un moment donné, ton entourage va devenir ordinaire.

J’ai un gros problème avec les extrémités, mais en attendant la fin, l’Idaho pis moi on s’entend bien. Ici, les prairies sont gold, le ciel est bleu tout le temps, sauf en novembre, le monde est smath, et la pêche à la mouche est bonne. Au final, l’Idaho c’est sans promesse, mais tu tombes en amour pareil.

Émile David, en direct de l’Idaho

 

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