Les origines de la mise en quarantaine au Canada

La pandémie actuelle oblige la quasi-totalité du globe à avoir recours à la quarantaine, une mesure draconienne originaire du Moyen Âge pour prévenir la propagation d’une maladie à spectre de contagion extrême. Petit éclairage historique sur la notion de quarantaine.

Par Martine Dallaire

 

La quarantaine consiste à isoler des personnes, des animaux, ou des végétaux durant un certain temps, en cas de suspicion de maladies contagieuses, et ce, dans le but d’en empêcher la propagation. En empêchant les êtres contaminés d’avoir des contacts avec des individus sains se trouvant à l’extérieur de la zone de confinement, on diminue grandement les risques de contagion et les maladies infectieuses finissent par disparaître d’elles-mêmes. Il s’agit d’une mesure de type barrière physique ; donc, une des méthodes de prévention et de gestion des risques liés aux pandémies, notamment. Lorsqu’il s’agit de personnes malades « confinées », on parle plutôt d’isolement.

 

Les origines de la notion de quarantaine

« Aux grands maux, les grands remèdes », dit l’adage. La quarantaine est une procédure vieille comme le monde et qui a fait ses preuves à travers les siècles. On en trouve d’ailleurs quelques traces dans l’Ancien Testament. Plus tard, elle est imposée pour faire face à la terrible peste au Moyen Âge. La république de Raguse (l’actuelle Dubrovnik) impose, en l’an 1377, un retrait préventif à tous les navires qui y arrivaient. Ceux-ci étaient détournés vers une île pour une durée variant entre 30 et 40 jours, d’où le nom de quarantaine. 

 

L’application de la quarantaine à travers les âges 

Relativement facile à appliquer, cette pratique est ensuite remise en vigueur pour contrer le choléra dans les Indes orientales autour de 1827. Devenue pandémie, l’épidémie décime la population en tuant plus de 7000 personnes à Londres en 1832 et 18 000 Parisiens. Elle se propage par voie orale, mais aussi par les eaux souillées. La forme la plus aigüe de la maladie provoque le décès en quelques jours.

 

La mondialisation : facteur de propagation 

Le phénomène de la mondialisation précipite actuellement la vitesse et les échanges de propagation des épidémies. C’était le cas également au XIXe siècle, alors que le choléra originaire d’Asie se propageait vers l’Europe. Il a ensuite rejoint l’Amérique lors de l’arrivée d’une tranche de population immigrante européenne pauvre. 

 

Tirer du canon pour vaincre un ennemi indéfini 

Pendant longtemps, les habitants ne savaient quoi faire face à une épidémie dont on ne comprenait pas les causes. Non seulement les gens brûlaient du charbon pendant la quarantaine, mais ils tiraient également des coups de canon, croyant ainsi assainir l’air.

 

Grosse-Île, la porte d’entrée vers le Canada

Les Amériques du XIXe siècle ont réagi en organisant leur propre système pour empêcher l’arrivée du choléra sur leur territoire, mais également celle du typhus, alors qu’on assistait à une importante vague d’immigration en provenance des îles britanniques. Le poste de quarantaines des colonies du Haut et du Bas-Canada se situait alors à Grosse-Île, à deux douzaines de milles marins en aval de Québec. Le site, propriété d’un particulier, est réquisitionné manu militari le 1er mai 1832 pour devenir un poste insulaire où les navires étaient inspectés et désinfectés, et où on isolait les migrants, malades ou sains.

 

Un échec monumental et des milliers de victimes

En dépit de l’instauration d’une île de quarantaine, le choléra se propage au Québec et se répand. Il fait 4000 victimes à Montréal, la zone la plus touchée, et les morts sont enterrés là où se trouve aujourd’hui le square Dominion. 

Outre la propagation du choléra, les installations de Grosse-Île ne suffisent pas non plus à enrayer l’épidémie de typhus, qui ravage des milliers d’Irlandais cherchant à fuir la Grande Famine de 1845-1849. 

 

Des mesures qui permettent d’améliorer l’efficacité des mises en quarantaine

Les multiples essais et erreurs ont tout de même permis de raffiner le processus de filtrage des individus. À compter des années 1860, le gouvernement canadien prend la relève des Forces de quarantaine jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. On y construit un hôpital en 1881 et le nombre de cas contagieux qui se rétablissent augmente d’année en année, malgré le nombre de décès qui demeure lourd. Ainsi, 41 patients sont guéris en 1900, 167 en 1901 et 1700 en 1913. Ceci s’explique, entre autres, par l’amélioration des mesures sanitaires et des conditions de voyage. 

 

Une loi pour définir les périodes de quarantaine obligatoire

Plus près de nous, la Loi sur la mise en quarantaine du Canada (2005) précise qu’un agent des douanes peut maintenant ordonner l’isolement d’un voyageur, mais aussi sa désinfection et un traitement médical à la suite d’un examen. Plus de 21 millions de visiteurs entrent dans le pays chaque année en provenance de 3500 villes du monde.

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