Par Séré Beauchesne Lévesque

Les parades de la fierté LGBTQIA (lesbiennes, gais, bisexuels, personnes trans, queer, intersexes, asexuels et aromantiques) sont souvent désignées comme parades de la fierté gaie. Il en va de même pour le drapeau arc-en-ciel, qui se transforme en drapeau gai. L’étiquette de gai, la plus simple de l’acronyme pour plusieurs, est souvent utilisée pour désigner tout ce qui n’est pas hétéro.

Dans les derniers mois, des questions de vocabulaire et d’acronyme ont fait les manchettes, qui se sont acharnées sur le mot queer et qui ont dévoilé l’incompréhension d’une bonne partie de la population du Québec envers tout ce qui sort du cadre strict de l’homosexualité normative. Cette incompréhension s’est avérée s’étendre jusqu’à certaines personnes de la communauté gaie.

Par exemple, Jasmin Roy, porte-parole de Fierté Montréal, a déclaré en juin, dans une entrevue à Radio-Canada, qu’il pensait « qu’il faut s’arrêter à LGBT. “Q”, c’est queer, pis moi, j’ai toujours eu un malaise avec ce mot-là. » Il a aussi affirmé que la jeunesse LGBT avait désormais tous les droits. Fierté Montréal s’est excusé le jour même.

Par contre, les propos de Jasmin Roy expriment une opinion latente dans les communautés gaies et lesbiennes : celles-ci se sont battues elles-mêmes pour leurs droits et leur visibilité. Les communautés queer et trans, qui ne font pas partie depuis longtemps du fameux acronyme, doivent désormais faire de même et prendre leur mal en patience.

Ce raisonnement témoigne d’une méconnaissance préoccupante de l’histoire des mouvements de libération LGBTQIA. Plusieurs événements qui ont marqué l’histoire ont été déclenchés par les personnes les plus marginalisées d’une communauté, celles qui n’avaient rien à perdre en se révoltant. Un exemple marquant est celui des émeutes de Stonewall, dont la date demeure depuis presque cinquante ans celle des fiertés LGBTQIA aux États-Unis. Stonewall était un bar de New York qui était fréquenté par ceux et celles à qui on refusait l’accès dans tous les autres bars : drag queens, personnes racisées et de la classe ouvrière, travailleuses du sexe. Le 28 juin 1969, une énième descente policière fait exploser la révolte des personnes présentes, qui chantent des slogans subversifs et ripostent à la brutalité policière. Cette nuit de violence donne l’élan nécessaire à la création d’organisations qui ont grandement fait avancer les droits des personnes des minorités sexuelles aux États-Unis.

À l’avant-scène de Stonewall se trouvaient deux femmes trans racisées et travailleuses du sexe, Marsha P. Johnson et Sylvia Riviera. Cette dernière, quelques années après les émeutes, a donné un discours sur les conditions des femmes trans en prison lors d’un rallye de l’une de ces organisations gaies. Huée et moquée par ceux dont elle a accéléré le regroupement et la libération, elle a quitté la scène, puis renoncé à l’activisme. De la même façon, le mouvement gai actuel, qui s’est bâti sur les épaules des personnes les moins normatives et les plus marginalisées, ignore désormais son histoire en contestant l’appartenance de ces personnes à son acronyme et à ses communautés.


Crédit photo © MarshaAsActivist

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