Les poupées russes

Par Audrey Bacon-Giffard

Il y a quelques années de cela, mon père est allé travailler en Malaisie pour une durée de six mois. Là-bas, un soir, il était sorti dans un bar avec ses collègues de bureau et avait rencontré par hasard un autre Canadien. C’était un homme de l’Alberta ou de la Colombie-Britannique. Ils étaient tous étonnés de rencontrer d’autres Canadiens à l’autre bout du monde. Ils ont passé un bout de soirée ensemble, ont bu des bières et ont passé un bon moment. En revenant de son voyage d’affaires, mon père et moi sommes allés diner ensemble, question de prendre des nouvelles après ce long voyage.

Il m’a alors raconté cette anecdote, mais aussi la réflexion qu’il a eue après ce moment. Dans un bar à Québec, au Québec ou même au Canada, jamais ces deux hommes n’auraient passé la soirée ensemble pour la simple raison qu’ils étaient Canadiens, alors pourquoi en Malaisie? Mon père m’expliqua alors qu’il voyait un peu cela comme des poupées russes. Plus tu es loin de chez toi, plus les caractéristiques que tu cherches à partager avec quelqu’un sont larges; plus tu es près de chez toi, plus tu cherches profondément dans ton identité pour trouver la similarité. « T’es Québécois? Moi aussi. Tu parles français? Moi aussi. T’aimes la musique? Moi aussi. Le rock? Moi aussi. Le post-rock progressif alternatif expérimental ambiant islandais? Ah! Ben là, on peut finalement s’entendre. »

L’identité nous permet d’appartenir à un groupe ou plusieurs et donc de renforcer notre identité par nos rapports avec autrui, comme dit Thierry Ménissier dans l’ouvrage Culture et identité. Notre identité est inévitablement forgée par notre culture, ce qui soulève plusieurs questions et quelques problèmes lorsque vient le temps de parler d’identité au sein d’une société multiculturelle. Les différentes cultures ont des croyances, des valeurs, des langues et des normes différentes qui doivent toutes être respectées. Or, comme le soulève Ménissier, du fait même d’une telle ambition surgit un important problème lié au rapport entre les cultures. Ce rapport est souvent antagoniste, puisque chaque culture a tendance à s’affirmer contre les autres.

Je ne vous dis pas qu’une société multiculturelle est impossible, mais que la tolérance est importante et que c’est en nous questionnant sur notre identité qu’on apprend à nous connaitre et à nous remettre en question.

Peu importe d’où on vient et ce qui nous intéresse, il est toujours possible de fouiller dans notre identité et de trouver un petit quelque chose à partager avec une autre personne. Peu importe la difficulté que certains ont à accepter et à intégrer ceux qui sont différents d’eux, il y aura ce quelque chose qui permettra à deux personnes qui semblent diamétralement opposées de se rejoindre au milieu du capharnaüm de leur identité propre. Un amour caché du groupe Nickelback, un sens de l’humour particulier ou même la perte d’un être cher.

Nous aussi, on est un peu des poupées russes.


Crédit Photo © décorationswarehouse

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