Plusieurs dénoncent le fait que l’argent est source de malaise chez un grand nombre de Québécois. Ce malaise se reflète dans les clichés voulant que l’argent soit « sale » ou encore que nous, Québécois, soyons « nés pour un petit pain ».

Par Arnaud Prud’homme

Dans la série Les grands moyens diffusée à Télé-Québec, les mieux nantis de notre société font justement part de leur conception de la richesse. Plusieurs des personnalités rencontrées avouent ressentir une certaine gêne par rapport à leur fortune, ou encore doivent-elles s’efforcer de ne pas être gênées de faire de l’argent.

La portée de ce malaise est tellement large qu’elle atteint même la sphère politique. Des évènements récents au Parti québécois en font la démonstration. Prenons d’abord l’exemple de Jean-François Lisée. Peu après la victoire électorale du PQ de 2012, M. Lisée recevait un montant mensuel de l’Université de Montréal en plus de son salaire de ministre. Cette somme lui a été versée en raison de son contrat de travail qui prévoyait l’étalement de son salaire sur une période dépassant la durée de son embauche. Plusieurs l’accusèrent alors de recevoir une double rémunération. Face à la pression populaire, le ministre péquiste décida de verser cet argent à des organismes venant en aide aux décrocheurs. Le commissaire à l’éthique, Jacques St-Laurent, avait pourtant affirmé que le ministre ne contrevenait à aucune règle.

Par la suite, l’arrivée du milliardaire, M. Pierre-Karl Péladeau, sur la scène politique a causé bien des remous. Le candidat vedette avait pourtant pris des précautions en quittant ses fonctions chez Québecor et en assurant que ses actions seraient confiées à une fiducie sans droit de regard. Pourtant, un sondage Léger Marketing réalisé pour le compte du Devoir et du Globe and Mail affirmait que sa candidature avait pour effet de profiter aux libéraux. La controverse était telle que 12 personnalités souverainistes ont dû appuyer publiquement sa candidature.

Dans un dernier temps, l’ex-première ministre Pauline Marois et ses biens immobiliers n’ont eu de cesse d’alimenter les potins journalistiques. En effet, Maxime Bergeron de La Presse a pris grand soin de dévoiler les chiffres entourant les propriétés du couple Marois-Blanchet et les négociations concernant l’acquisition d’un condo dans le Vieux-Montréal dans un article datant de novembre 2012.

Chez les Américains, la relation avec l’argent est bien différente. Ces derniers vont même jusqu’à glorifier les hommes d’affaires ayant fait fortune. On n’a qu’à penser à Bill Gates, Warren Buffett et Steve Jobs qui font l’objet de films et de livres. Il en va de même pour les politiciens américains. Une étude du Washington Post allègue que Barack Obama serait le président américain le plus défavorisé, avec une fortune estimée à 5 millions de dollars. En effet, Thomas Jefferson avait une fortune évaluée à 212 millions de dollars actuels, et celle de la famille Kennedy se chiffre en centaines de millions de dollars.

Croire que nous sommes nés pour « un petit pain » teinte nos rapports sociaux. Cette croyance est le grain de sable dans l’engrenage de notre économie. Pareil complexe n’est pas banal, et notre histoire n’y est certainement pas étrangère. Dans ces circonstances, il faut avouer qu’il est assez difficile d’aspirer à la réussite. Même nos héros sportifs en sont le reflet et en subissent les conséquences. Maurice Richard, qui est probablement le joueur de hockey le plus adulé, devait travailler le jour pour subvenir aux besoins de sa famille. Ce deuxième emploi le rendait encore plus admirable à nos yeux. La clé de notre émancipation réside peut-être dans le changement du rapport que nous entretenons avec le succès.

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