Le 21août dernier, le film Les Rose, réalisé par Félix Rose, sortait dans les salles de cinéma. Le fils de Paul Rose, un ancien membre notable du Front de libération du Québec (FLQ) a tenté, à travers la réalisation de cette œuvre, de comprendre pourquoi son père était vu comme un terroriste, voire un homme extrémiste. En revisitant son parcours et par le fait même les évènements de la crise d’Octobre 70, Félix Rose présente des archives très révélatricesD’ailleurs, le film sort pilepoil (ou presque) pour le 50e de cette crise qui aura marqué le paysage politique et social québécois à tout jamais. 

Par Simon RD 

 

Les Rose 

Sans aucun doute, M.Rose vient de réaliser un film important pour lui, mais aussi nécessaire pour la mémoire du Québec. Un film documentaire proche du cinéma directL’œuvre Les Rose revisite non seulement plusieurs évènements à travers des archives et des témoignages, qui ont conduit à la Loi sur les mesures de guerreune journée avant le décès de Pierre Laporte, ancien ministre du Travail pour la province québécoise, mais surtout l’homme derrière Paul Rose et sa soif de justice et de liberté.  

Le 5octobre prochain, jour de l’enlèvement du diplomate James Richard Cross, on soulignera les 50ans d’une crise déclenchée par un regroupement contestataire (le FLQ), inspiré entre autres par le Front de libération national en Algérie, à une époque de l’histoire où plusieurs nations se battaient pour la décolonisation. Le FLQ marchait pour le droit des travailleurs, contre le colonialisme anglais, la répression policière et l’injustice en politique. À la lumière du film Les Rose, Paul, Jacques et leur mère ont donné leur vie pour la liberté et surtout pour la démocratie : le droit de contester.  

La Crise d’Octobre 

Six jours après l’enlèvement de Pierre Laporte, Pierre Elliot Trudeau, à la demande de Robert Bourassa, ancien premier ministre du Québec, instaura la Loi sur les mesures de guerre qui tiendra le peuple québécois en otage. Cette mesure n’avait pas été appliquée depuis le temps de la Première Guerre mondiale. Plusieurs perquisitions et arrestations illégales furent effectuées au nom de «la sécurité nationale»Alentour de la grande complexité qu’était le combat du FLQ, les revendications lancées depuis l’enlèvement de James Richard Cross étaient entre autres la libération des prisonniers politiques vers l’île cubaine. On avait même fait faire lire, à voix haute, à la télévision, le Manifeste du FLQ le 8octobre. Le 10octobre, on avait enlevé Pierre Laporte, car les demandes du FLQ au premier enlèvement n’avaient pas été honoréesL’armée était à Montréal, la population sous surveillance policière et militaire. Lcrise d’Octobre s’écrit en un livre et non en un seul article de 1000mots. C’est pourquoi, dans le cas de cet article, il manquera quelques détails sur la crise d’Octobre. Cependant, lisez sur le sujet, ça vaut le coup.  

Les Rose et la classe ouvrière 

Dans le film réalisé par Félix Rose, on nous montre ce qui a poussé le père et l’oncle du réalisateur à devenir des protestatairesOn aborde les quartiers tels que Saint-Henri et l’ancienne municipalité de Jacques-Cartier (maintenant Longueuil), en nous dévoilant un côté, quand on est jeune, de Montréal et du Québec qu’on ne connaissait pas. L’embourgeoisement de certains quartiers et villes peut nous laisser l’illusion que le gazon a toujours été vert, mais souvent, il est préférable d’opter pour la désillusion. Des ouvriers payés à des salaires de crèvefaim et de la répression policière contre toute forme de démocratie, cela a déjà été dans le paysage québécois.  

Si aujourd’hui on le droit de dire ce qu’on veut et de protester, c’est parce que d’autres avant nous ont mangé de la boue et des coups de matraque pour nous donner en héritage ces droits. Les années60 onété le théâtre de beaucoup de répressions envers les regroupements sociauxentre autres celui des travailleurs. En d’autres mots, des gens se sont levés parce qu’ils étaient tannés de manger les croûtes de pain, pendant que d’autres s’offraient le caviar 

La politique et la menace 

En regardant le film, force est d’admettre que beaucoup d’actions politiques ont mené les Rose et le regroupement felquiste à entreprendre des actions concrètesComprenons-nous bien, cet article ne vise pas à encourager la violence, mais plutôt à expliquer le film et peut-être ce qui a poussé des gens à l’extrême au nom de la Liberté. D’ailleurs, il ne faut pas être dupe et reconnaître que le gouvernement fédéral, à l’époque (et encore aujourd’hui), avait peur d’un souverainisme québécois en ascension 

Le coup de la Brinks  

Plusieurs tactiques politiques ont tenté de mettre les bâtons dans les roues du mouvement souverainiste. Événement prenant place trois jours avant les élections provinciales et orchestré par les dirigeants et certains représentants des médias, une voiture de la Brinks s’était promenée à Montréal afin d’aller chercher de grandes sommes d’argent dans les banques, en prévision de ramener l’argent à Toronto, si le parti souverainiste du PQ était élu. Bien oui, ce type d’orchestre s’est déjà produit. On voulait faire peur. Si le Parti Québécois rentrait au pouvoir, on ramenait l’argent dans la ville reineUne manipulation du peuple québécois afin d’essouffler le désir indépendantiste. Cet événement ne serait qu’une des nombreuses tactiques fédéralistes contre les mouvements souverainistes.  

Enfin… 

La crise d’Octobre aura eu ses précédents, dans une période où on venait de traverser la Révolution tranquille, de jeunes protestataires voulaient se battre pour la liberté des plus faibles et des plus démunisBien sûr, l’histoire ne donnera jamais raison à la violence, mais la désobéissance civile aura toujours permis aux peuples, lentement mais sûrement, d’obtenir plus de droits et de libertés. Sans parler de la crise d’Octobre, on peut dire qu’aujourd’hui, une bonne partie des francophones sont éduqués, parlent le français et peuvent faire valoir leurs droits sans être matraqués… enfin presque.  

Le film de Félix Rose est une œuvre touchante et probablement une archive essentielle à la compréhension du chemin que le Québec aura fait depuis et peut-être une lumière sur notre futur. Pour l’avenir, le Québec doit tenir le point en l’air comme Paul Rose et continuer d’exister. La liberté, c’est un combat pour la vie, pour le meilleur et pour le pire. 

 

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