Les roses de février

Par Gabrielle Lapierre

La Saint-Valentin est pour plusieurs une fête d’amour et de partage. Pour les autres, c’est une saison de tristesse qui accentue la solitude. Pour les environnementalistes, la Saint-Valentin est un véritable désastre écologique.

Disons-le à voix haute : la Saint-Valentin est une fête commerciale. C’est le moment parfait pour les magasins de remplir le vide économique du mois de janvier. Un mois et demi, c’est amplement pour payer les dettes sous lesquelles croulent plusieurs familles et étudiants après les dépenses de Noël.

La Saint-Valentin n’est pas la fête de l’amour quand on se jette sur les chocolats, les babioles en forme de cœur et les fleurs qui se trouvent en abondance dans les magasins. Ce n’est pas romantique d’offrir des chocolats cheaps achetés au magasin 1 $. Ce n’est pas une douce pensée d’acheter un ourson en peluche fait en Chine ou en Inde dans des conditions de travail répugnantes. Ce n’est pas démontrer son amour éternel d’acheter des roses cultivées en Afrique en plein mois de février. Si vous magasinez dans les magasins à grande surface ou chez un fleuriste de coin de rue, il y a fort à parier que les cadeaux que vous avez achetés à votre dulcinée ou votre petit-ami entrent dans l’une de ces catégories.

Le cadeau le plus dommageable pour l’environnement est probablement le bouquet de roses. Les roses qu’on trouve dans les boutiques au mois de février ont souvent parcouru des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans vos mains. Aussi, pour pouvoir répondre à la demande du marché à ce moment de l’année, elles sont généralement coupées deux mois avant d’arriver dans les magasins d’Amérique du Nord et d’Europe.

Les rosacées ont besoin d’énormément d’eau pour pousser : environ 1000 litres pour un piètre mètre carré de fleurs. Les roses ont aussi besoin de soleil et d’une chaleur d’au moins 20 oC pour fleurir. Par conséquent, la plupart d’entre elles sont cultivées au Kenya, en Éthiopie, en Amérique latine ou dans des serres surchauffées et énergivores en Hollande. De plus, une quantité phénoménale de pesticides est dispersée sur les champs de roses dans ces pays. Ces polluants contaminent les sols, polluent les cours d’eau et mettent en danger les travailleurs. Au Kenya, une grande partie des champs de roses borde le lac Naivasha dans la vallée du Grand Rift. À cause de la demande énorme en eau des cultures de roses, celui-ci s’assèche rapidement et devient peu à peu une mare boueuse et nauséabonde, privant ainsi les habitants d’une ressource essentielle à la vie.

Si vous voulez réellement acheter des fleurs à quelqu’un le 14 février, donnez-lui des fleurs en pot qui pourront fleurir en même temps que votre amour (si vous les entretenez). L’amour c’est effectivement un peu comme une fleur : il faut l’arroser et lui donner ce dont elle a besoin pour s’épanouir. Si vous voulez réellement acheter des roses, achetez les locales au milieu du mois de juillet, mais par pitié pas en plein mois de février.

Les étudiants sont jeunes et fringants, et la Saint-Valentin peut sembler une fête importante pour un couple qui en est à sa première année. N’oubliez toutefois pas qu’il est important de montrer son amour tous les jours, et non pas seulement le 14 février.


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