Par Dorian Paterne

Pour une 3e année consécutive, la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) organise les Journées des sciences humaines (JSH). Ce sont plus de 20 activités qui ont lieu, du 15 au 21 novembre 2018, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. L’initiative nous plonge au cœur des sciences humaines, une branche universitaire souvent sous-estimée.

« Marquer la collaboration, provoquer la rencontre »

Depuis le 15 mars dernier, environ 45 membres du corps professoral et 25 personnes de la communauté universitaire ou du milieu communautaire ont eu à discuter autour de plusieurs thématiques touchant les sciences humaines. Cette troisième édition qui veut « marquer la collaboration, provoquer la rencontre » se veut un carrefour de discussion sur les enjeux au carrefour du monde et de la société. Au menu cette année : tables rondes, conférences et expositions interdisciplinaires.

En tout, 20 activités et un spectacle ont su agrémenter les cinq Journées des sciences humaines, réunissant les spécialistes de tous les domaines à l’Université de Sherbrooke (psychologie, génie, travail social, marketing, communication, littérature, sciences, histoire, éthique, politique, philosophie, art, informatique, psychoéducation et médecine).

Un domaine souvent marginalisé?

On a tous déjà entendu les plus célèbres des préjugés entourant l’étude des sciences humaines lors de notre passage au cégep. « Tu n’auras pas d’emploi »; « les gens qui vont en sciences humaines sont ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire dans la vie »… Ces préjugés se perpétuent même à l’université, où des étudiantes et des étudiants de certains programmes ont une appréhension cynique sur leur avenir. Étant étudiant en Études politiques appliquées, j’entends chaque semaine des membres de la communauté étudiante critiquant leur propre programme, blaguant « qu’on finira chômeurs ». Combien de fois j’ai dit aux gens que j’étudiais en Sciences politiques et que je voyais le doute dans leurs yeux, me sortant tous la même question qui revient souvent : « Ouin, mais il n’y a pas beaucoup de possibilité d’emplois là-dedans » ou, ma préférée, « tu veux devenir politicien? »

En général, lorsqu’on parle des sciences humaines, c’est avec négativité, cynisme ou moqueries. Les phrases clichées illustrées ici ont toutes, ou du moins en partie, été entendues par la plupart des gens; même ceux et celles fréquentant la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke. Les sciences humaines demeurent une branche souvent marginalisée, méconnue et, dans le pire des cas, méprisée par certains membres de la communauté étudiante ou par la population générale.

L’importance des sciences humaines

Les sciences humaines sont au cœur de l’étude de nos sociétés, c’est-à-dire des grands enjeux politiques, sociaux et économiques. Elles permettent de comprendre le rôle de l’Histoire sur notre monde actuel, l’influence des relations internationales sur nos politiques internes, la façon dont la géopolitique conditionne la politique… L’étude de l’environnement, de la sociologie ou encore de l’économie permet de façonner nos sociétés.  

Les sciences humaines du point de vue étudiant

Pour recueillir certains témoignages, Le Collectif s’est entretenu avec quelques étudiantes et étudiants en Études politiques appliquées. Sciences politiques est probablement l’un des programmes universitaires les plus sous-estimés. Les points de vue étudiants illustrent une autre réalité par rapport aux clichés souvent entendus sur les sciences humaines. « On condamne souvent les sciences sociales ou humaines, pourtant, elles sont à l’avant-scène des décisions importantes prises par notre société. Pour obtenir des changements et un perfectionnement des sociétés humaines, le chemin des humanités est un incontournable », soutient Alexis Lemieux-Lepage. Cette position rejoint celle de Boubé Ali Bety, également étudiant en Études politiques appliquées : « Les sciences humaines nous amènent à étudier et à réfléchir collectivement afin d’améliorer certaines situations de la société (règlements des crises, accélération du développement, etc.). »

Qu’en est-il des perspectives d’emploi après les études en sciences humaines? « La crainte est souvent du côté du marché du travail », rajoute Alexis, qui croit que la formation dans ce domaine permet d’accéder à une panoplie d’emplois. Benjamin Labonté, du même programme universitaire, pense que « le domaine des sciences humaines peut être très formateur. L’important est de trouver sa niche à l’intérieur de ce domaine très large », souligne celui qui combine le droit et la politique pour son baccalauréat. Dans une poussée d’enthousiasme, l’étudiant athlète de rugby du Vert & Or rajoute : « Le domaine des sciences humaines est non seulement formateur pour le marché du travail, mais il l’est aussi pour la vie en société. »

Le plus articulé d’entre tous, Julien Bourcier, alors en stage international au Pérou, croit que les sciences humaines ouvrent de grandes portes. Et il est bien placé pour le témoigner. « Les sciences humaines m’offrent de nombreuses opportunités comme le stage à l’international que je suis en train d’accomplir, les différents stages en politique offerts par ma faculté, la proximité avec mes professeurs, un réseau de contacts, etc. » Julien rappelle de nombreux domaines intéressants débouchant des sciences humaines : diplomatie, politique publique, coopération internationale, aide humanitaire, par exemple.

Les sciences humaines, c’est plus qu’une discipline : « Mes collègues et professeurs me forcent à me remettre en question, à raisonner et à faire évoluer ma pensée. [Les sciences humaines] développent de nombreuses qualités comme la rigueur, la polyvalence, le sens de l’analyse et l’esprit critique », poursuit Julien Boursier depuis le Pérou. C’est donc un domaine prometteur dans lequel les experts essaient de comprendre le monde dans lequel nous vivons, avec la capacité d’influencer des décisions importantes.

Pour comprendre l’humain…

Les sciences humaines ne visent pas que la compréhension du monde et de la société au sens abstrait, elles visent aussi la compréhension de l’être humain qui habite ce monde, d’après Claude Jessica Dorcéan, étudiante en Études politiques appliquées. « Les sciences humaines sont importantes, car selon le comportement des individus, cela nous permet de comprendre l’évolution de l’Homme à travers le temps. » La jeune étudiante et entrepreneure croit que les sciences humaines constituent « des outils pour vivre en société qui permettent, par exemple, de maintenir un certain ordre au bon déroulement des choses ». De ce fait, le domaine étudie non seulement l’être humain à travers l’Histoire, mais il lui permet également d’avoir des outils pour maintenir une certaine cohésion avec les pairs dans une société.

Les sciences humaines, c’est la compréhension du monde, des humains; par l’histoire, la sociologie, les sciences politiques, la philosophie, l’éthique et bien d’autres disciplines. Les Journées des sciences humaines nous plongent dans un rassemblement interdisciplinaire, où de nombreux programmes universitaires se côtoient. Elles se terminent le 21 mars. C’est une occasion pour apprendre, discuter, écouter et élargir ses horizons!


Crédit Photo @ Gabrielle Gauthier, gallieart.tumblr.com

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