Par Sébastien Many

Que faut-il pour gagner au hockey? Un puriste vous dira qu’il faut du talent, de la rapidité, du caractère, de la force physique, et les plus honnêtes avoueront qu’il faut un soupçon de chance. Mais quelle est LA chose qu’il faut absolument pour avoir du succès à long terme? La rondelle, évidemment. Bienvenue dans le monde des statistiques avancées.

Suivant la voie du système «moneyball»au baseball majeur, les analystes de hockey ont développé plusieurs statistiques ayant pour but d’expliquer quantitativement ce que les yeux remarquent et ne remarquent pas durant une partie de hockey.

La base : Le Corsi et le Fenwick

Les statistiques avancées les plus connues sont le «Corsi» et le «Fenwick». Ces statistiques sont axées sur la distribution de la possession de la rondelle. Calculer le «Corsi» en pourcentage est très simple : il suffit de calculer les lancers réussis, les lancers ratés et les lancers bloqués en faveur de l’équipe, et de faire le pourcentage par rapport aux lancers réussis, ratés et bloqués au total des deux équipes. Plus le pourcentage est au-dessus de 50 %, plus l’équipe domine et vice versa. Le calcul du «Fenwick» se fait exactement de la même façon, mais sans comptabiliser les lancers bloqués. Le même calcul est également applicable pour chaque joueur individuellement : il suffit de calculer ces chiffres uniquement quand celui-ci est sur la glace.

L’efficacité de ces statistiques vient du principe que les équipes doivent avoir la rondelle pour tenter un lancer, et qu’un lien direct entre les tentatives de lancers et une possession de rondelle effective est observable. Or, la pertinence des statistiques est déjà fortement soupçonnée étant donné que les champions de 2014, soit les Kings de Los Angeles, avaient le meilleur «Corsi» en 2013-2014, alors que les Blackhawks étaient quatrièmes dans cette catégorie en 2013 quand ils ont triomphé.

Les statistiques liées à la chance

Un autre aspect dans lequel les statisticiens réussissent mieux que la plupart des observateurs émotionnellement impliqués c’est de reconnaître l’apport de la chance dans les résultats au hockey. La principale statistique utilisée à cet effet est le PDO.

Étant donné le talent pratiquement identique entre les gardiens de la LNH, le PDO prend d’abord en compte le pourcentage d’efficacité du gardien (par exemple, 91,3 %). Ensuite, on additionne le pourcentage de réussite aux lancers de l’équipe (par exemple, 8,7 %). Plus le chiffre dépasse 100 %, plus la chance est en sa faveur, et vice versa. Encore une fois, la possibilité de ne calculer que cette statistique quand un joueur particulier est sur la glace permet d’avoir des chiffres sur les joueurs individuellement.

La qualité des lancers et les ajustements

Si, comme on dit en langage de statistiques avancées, tous les lancers n’ont pas été créés de façon égale, la qualité des lancers n’est pas retenue dans aucun de ces calculs. Bien que cette omission risque d’en faire grincer des dents plus d’un, sachez qu’il a été démontré par Eric Tulsky que si la qualité des lancers joue un rôle dans le succès de certains tireurs ou certaines équipes, l’équilibre entre les équipes rend cette absence de données assez mineure pour qu’elle soit ignorée sans réelles conséquences.

Par ailleurs, plusieurs autres statistiques ont été mises sur pied pour avoir une meilleure idée de la valeur réelle des statistiques des joueurs. Celles-ci sont la qualité de compétition, les entrées de zone en contrôle de la rondelle (deux fois plus efficaces que d’envoyer la rondelle au fond de la patinoire, selon une étude de Corey Sznajder), la qualité des coéquipiers, le pourcentage de départs en zone offensive et le «Corsi»/«Fenwick» relatif («Corsi»% quand le joueur est sur la glace – «Corsi»% de l’équipe en général, par exemple).

Une révolution dans la LNH

Tout l’été, des entraîneurs, directeurs généraux et même des joueurs de la LNH ont avoué connaître et se servir des statistiques avancées. Chez le Canadien, par exemple, P. K. Subban a une extrême connaissance de ses propres chiffres et n’hésite pas à corriger un journaliste qui fait une erreur à ce sujet.

C’est également cet été que de nombreux spécialistes en la matière ont reçu des emplois dans la LNH, notamment Eric Tulsky, Tyler Dellow et évidemment Kyle Dubas qui est devenu directeur général adjoint des Maple Leafs de Toronto à seulement 28 ans. Si ces embauches représentent un bel exploit pour leur communauté, la pression sera maintenant sur ces analystes pour mettre en pratique leur savoir-faire dans le but d’apporter des résultats positifs tangibles à leur nouvel employeur.

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