Les téléréalités : Réalité caricaturée à l’écran

Par Solveig Saint-Pierre

XOXO et Occupation Double, dont les diffusions ont respectivement débuté le 19 septembre et le 30 septembre, sont toutes deux des émissions de téléréalité québécoise qui constituent une part importante des émissions télévisées au Québec.

Selon un sondage sur le site Léger, cette part serait d’autant plus importante chez les milléniaux, considérant que 39% des répondants affirmaient avoir l’intention d’écouter Occupation Double, XOXO ou les deux. Certes, il ne s’agit pas uniquement d’écoute télévisée. Avec l’accès double aux émissions concernées par la télévision ou par des plateformes informatiques, telles que Noovo, Vidéotron ou Youtube, il est possible que l’âge moyen de l’audimat soit accordable au visionnement et aux scènes supplémentaires offertes en ligne.

Une autre hypothèse serait que les participants, étant pour la plupart des milléniaux, permettent aux membres de mieux s’y identifier. Cependant, plusieurs facteurs semblent prouver que cette hypothèse n’est guère réaliste ou souhaitable.

Le « gars des vues »

Bien que c’est peu réaliste que les participants consentent à la diffusion de parties de leur vie privée, ils participent à une émission de culture de masse ayant pour objectifs de divertir les téléspectateurs et de les attirer. En ce sens, les émissions de téléréalités sont dans la même catégorie que les concours télévisés, tels que la compétition de danse Révolution de TVA. Il ne peut il y avoir qu’un seul vainqueur, sinon un couple vainqueur. Conçue pour être un microcosme de la société, c’est-à-dire de représenter et de reproduire la réalité à petite échelle, la téléréalité a pourtant pour caractéristique d’être fortement scénarisée. Les participants sont aux auditions sélectionnées selon, entre autres, leur télégénie et leur profil psychologique correspondant à un rôle reconnaissable.

Même dans le cas où leur personnalité authentique n’a rien de stéréotypé, ils sont prêts à jouer un rôle. Ceux qui ont de la difficulté à se démarquer, quelle qu’en soit la manière, risquent au mieux de se faire éliminer rapidement, au pire d’ennuyer le téléspectateur. Le tournage est également la cible de sélection, dans le choix des scènes diffusées jusqu’au contrôle du déroulement des journées, permettant ainsi de diriger la trame narrative. Les capsules dites en direct sont en réalité diffusées en décalage, permettant ainsi d’éviter tout problème susceptible de causer des problèmes dans la production de l’émission tels que des propos racistes ou homophobes tenus par des candidats. Un manque de personnel lors des capsules de nuit à Occupation Double en 2017 fit faillir ce système, causant une polémique sur les propos tenus par Joannie et Élodie.

Facteur factice

Les drames vécus à la télévision ont peu à voir aux problèmes du quotidien tout comme les réactions à ces drames. Dans cet esprit de compétition où toute coopération entre les candidats (sauf avec le sexe opposé) ne peut perpétuer sans nuire à sa propre réussite, les comportements narcissiques sont recommandés, voire encouragés. Il peut certes y avoir un sentiment d’unité et de respect, mais la rivalité subsiste. Les agissements égoïstes de participants ne peuvent être acceptés dans la société, tout comme les attitudes stéréotypées des vedettes de l’émission.

Un autre facteur est que l’émission, si réaliste soit-elle, échoue généralement à recréer dans le temps alloué la longue croissance des émotions, des liens émotionnels et du développement personnel au niveau interpersonnel et intrapersonnel. Le résultat est visible à Occupation Double; parmi les couples gagnants, du début de l’émission en 2003 jusqu’en 2017, un seul ne fut pas victime d’une rupture après l’émission, celui de Georges-Olivier et Nancy dont la relation prit fin peu avant le vote final.

Le jugement revient au public

Ces circonstances ne peuvent empêcher les téléspectateurs de juger les situations comme reflétant la personnalité des candidats, ce qui peut, entre autres, entraîner la désapprobation de leurs actes, de l’attachement aux vedettes ou, dans certains cas, l’identification à ceux-ci. La probabilité de ce dernier cas est plus élevée dans le cas des adolescents, dont la personnalité est alors en développement. Peu importe le positionnement, le public reste, que ce soit pour se moquer des participants, pour s’évader du réel ou pour suivre les aventures de ceux en qui il se projette. Or, l’image qu’il prend pour modèle est très active romantiquement et sexuellement, particulièrement dans les émissions où l’objectif central est de trouver l’amour et de remporter ensemble le prix convoité. De surcroît, la téléréalité projette des victoires dépendant de la personnalité des candidats davantage que de leurs actes. Ces deux aspects, dans les cas où l’identification ne rencontre aucune nuance, peuvent s’avérer nuisibles au développement de l’individu. Il faut par la suite ajouter les facteurs précédents, lesquels confirment que malgré le caractère réaliste des émissions, leur contenu doit rester fictionnel aux yeux des téléspectateurs et être analysé d’un regard critique.

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