Les traces de nos excès

Par Sandra Favier et Antoine Lapeyre

Arlette Vittecoq présente son exposition Les traces de nos excès depuis le 26 octobre dernier à la galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. La Sherbrookoise d’adoption n’en est pas à son coup d’essai. En effet, l’artiste-photographe signe là sa troisième exposition dénonçant l’impact néfaste de notre société de consommation sur l’environnement.

Parisienne d’origine, elle s’est d’abord focalisée sur l’omniprésence des canettes de soda et des sacs de plastique dans notre paysage visuel. Ici, elle a souhaité généraliser son message en photographiant et en exposant l’ensemble des détritus, traces de notre présence sur cette planète pourtant si fragile.

C’est à partir de cette image d’empreinte indélébile laissée par les humains qu’elle a décidé d’intituler son exposition Les traces de nos excès. La photographie du même nom est effectivement l’illustration parfaite du message qu’a voulu délivrer l’artiste : une canette qui s’enlise et une empreinte de pneu laissée dans une eau boueuse… Arlette Vittecoq a par ailleurs effectué un travail sur la couleur du sol qu’elle a noirci afin de créer l’illusion d’une nappe de pétrole, au lendemain d’une marée noire. Elle a décliné ce concept sur une série de douze photographies au contraste saisissant et évocateur. Elle confie d’ailleurs s’être appuyée sur une technique « d’attraction-répulsion ». L’artiste cherche d’abord à attirer l’attention du regardeur (amateur d’art) en lui offrant une image nette aux couleurs éclatantes, tout en sachant qu’il sera par la suite révulsé par les détritus. En rendant les ordures « esthétiques », le message n’en est que décuplé. En effet, selon elle, « si on photographie des ordures simplement, les gens ne s’arrêtent pas ». Force est de reconnaître que cela est efficace à en juger par les réactions enthousiastes des personnes présentes lors du vernissage.

Plus loin, une seconde fresque, elle, fait la narration de la vie d’une bouteille en plastique autour du parc Jacques-Cartier (Sherbrooke). Depuis son utilisation jusqu’à son recyclage, l’artiste illustre le long périple d’une bouteille d’eau, transportée au gré des promenades de marcheurs peu sensibilisés. Exception faite des deux fresques principales, une image frappe davantage l’esprit par sa simplicité et la profondeur de son message. « Le temps des feuilles » montre des feuilles mortes amassées au pied d’une clôture, mêlées à des circulaires par dizaines. Au-dessus flotte une ombre de femme. Si cette photographie peut paraître des plus anodines à première vue, elle est empreinte d’une symbolique puissante. « Derrière chaque détritus se cache l’ombre d’un homme ou une femme », explique Arlette Vittecoq.

Dans le cadre du colloque « Innovations en valorisation des matières résiduelles », et à travers son exposition Les traces de nos excès qu’elle aime qualifier d’à « hauteur d’homme », Arlette Vittecoq poursuit son combat contre la pollution de l’environnement. Elle réussit à sensibiliser le public à la cause écologique à travers l’art et la photographie. C’est saisissant et sûrement bien plus efficace que de longues campagnes de prévention.

À admirer et méditer du 26 octobre au 18 décembre 2016 à la galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke (de 13 h à 16 h du mercredi au samedi).


Crédit photo © Ariane Vittecoq

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