Les violences à caractère sexuel dans les universités : Repenser le rôle du corps professoral

Par Dorian Paterne Mouketou

Les membres de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) auraient adopté le 26 avril dernier, à Montréal, une position de principe sur les relations corps professoral / corps étudiant « visant à prévenir les violences et les conflits d’intérêts à caractère sexuel dans les universités ». Que propose cette initiative?

Une prise de conscience dans toute la société

La sensibilisation à la lutte contre les violences à caractère sexuel gagne de plus en plus de terrain. Plus que jamais, plusieurs secteurs de la société civile prennent en considération cet enjeu. L’initiative de la FQPPU voulait emboîter le pas. « Les professeures et les professeurs d’université considèrent qu’il est important d’agir pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel dans les universités. Tous les groupes au sein de la communauté universitaire sont concernés par cette réalité, qu’il s’agisse des professeurs, des cadres, des étudiants, des chargés de cours ou du personnel de soutien », répond Hans Poirier, membre de la FQPPU.

Interviewé par Le Collectif, M. Poirier soutient que « les membres de la FQPPU ont cru bon se doter collectivement de lignes de conduite spécifiques en ce qui a trait aux liens intimes tels qu’amoureux ou sexuels qui se développent parfois entre des professeur(e)s et des étudiant(e)s pour éviter tout conflit d’intérêts ». Il est de ce fait de la responsabilité du corps professoral de ne pas garder une relation pédagogique se conciliant avec une relation intime.  

Une attitude à adopter dans les universités

La FQPPU a annoncé qu’il est « incompatible pour un(e) professeur(e) engagé(e) dans une relation pédagogique avec un(e) étudiant(e) d’avoir des liens intimes tels qu’amoureux ou sexuels avec cette personne ». Cette réalité est-elle importante dans les universités québécoises? « La FQPPU n’a pas fait sa propre enquête sur l’importance du phénomène des violences à caractère sexuel dans les universités », souligne Hans Poirier. Néanmoins, les résultats de l’enquête ESSIMU sur la violence sexuelle en milieu universitaire au Québec ont inspiré les démarches de la FQPPU.

L’initiative de l’enquête vient du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), du Service aux collectivités de l’UQAM et du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), qui ont voulu lancer une équipe de recherche indépendante en 2014 sur la violence sexuelle en milieu universitaire au Québec. L’étude regroupait douze chercheurs et chercheuses provenant de six universités québécoises francophones (UQAM, Université de Montréal, Université Laval, Université de Sherbrooke, Université du Québec en Outaouais et Université du Québec à Chicoutimi).

Les recommandations de l’enquête ESSIMU

Le groupe de recherche avait recommandé aux universitaires et aux gouvernements fédéral et provincial quelques mesures pour prévenir les violences à caractère sexuel en milieu universitaire. Ces mesures s’articulent autour de la mise en place de politiques et de plans d’action et de la création d’un environnement physique sécuritaire pour la communauté universitaire. Elles voulaient également l’élaboration de campagnes de sensibilisation en matière de violence sexuelle permanentes et adaptées aux différents groupes de la communauté universitaire. Aussi, d’autres initiatives, telle la création d'un lieu unique et spécifique avec des informations complètes et pertinentes sur la violence sexuelle en milieu universitaire, avaient été mentionnées. De même que la tenue d’activités de formation et d’éducation pour l’ensemble des étudiants de l'université portant explicitement sur la violence sexuelle et la mise en place de ressources spécialisées en matière de violence sexuelle et accessibles à tous. L’enjeu du financement de projets de recherche dans le domaine des violences sexuelles en milieu universitaire faisait partie de ces recommandations. Le gouvernement du Québec a pu s'en inspirer et jouer un rôle de leadership dans cette approche de prévention des violences à caractère sexuel en milieu universitaire (VSMU).

Des mécanismes de préventions

L’Assemblée nationale du Québec a adopté en 2017 le projet de loi no 151. La Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur « exige que toutes les universités au Québec se dotent de politiques institutionnelles ayant pour objectif de prévenir les violences à caractère sexuel et qu’elles se dotent de mécanismes d’accueil des signalements et d’accompagnement des victimes, ainsi que de traitement des plaintes », ajoute M. Poirier. Ainsi, ajoute-t-il : « Par l’adoption d'une position de principe, les membres de la FQPPU souhaitent contribuer au travail d’élaboration, d’adoption et de révision des politiques en cette matière qui sera fait au cours des prochains mois dans chacune des universités ».

L’enjeu vu de l’Université de Sherbrooke

Pendant les Journées des sciences humaines, plusieurs membres de la communauté universitaire de Sherbrooke avaient tenu une conférence sur l’enjeu de la loi 151. La rencontre regroupait les membres de la direction de l’Université de Sherbrooke, notamment la vice-rectrice aux affaires étudiantes, Jocelyne Faucher, et des gens des ressources humaines, de la Faculté de droit, de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS), du Regroupement des étudiantes et des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l'UdeS (REMDUS) et du Département des lettres et communication (FLSH). Le rendez-vous pluridisciplinaire avait permis d'échanger sur les enjeux soulevés par la loi 151 : les relations pédagogiques et les relations intimes.

L’Université de Sherbrooke a donc mis à la disposition des membres de la communauté étudiante des ressources nécessaires en cas de besoin. On compte parmi celles-ci les centres désignés pour soins médicaux et services spécialisés, des organismes de soutien aux victimes d’agression, des services de soutien à l’aide psychologique sur le campus et même le service de sécurité de l’université. Des programmes de sensibilisation ont vu le jour dans les universités québécoises, notamment la compagne provinciale Sans oui, c’est non! et le Mois d'échange et de sensibilisation sur les agressions sexuelles en milieu étudiant (MESSAGE).


Crédit Photo @ FQPPU

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