Par Héloïse Demont

Le lundi 6 novembre s’est tenu le Bistro Brain mensuel à la Capsule Bistro-Cinéma, rue Wellington. Prônant le « savoir accessible », l’évènement avait cette fois-ci pour thème l’éthique et a rassemblé quatre intervenants de diverses facultés sherbrookoises.

C’est autour de pop-corn aux saveurs provençales que se sont regroupés des curieux et des curieuses de questions éthiques épineuses. Le programme promettait un 5@7 chargé : évitement fiscal, légitimité en droit, aide médicale à mourir (AMM) et empathie en secteur médical. Autant de thématiques qui ont soulevé de nombreuses interventions au sein du public de tous âges.

La loi est-elle forcément légitime?

La soirée commence avec Alexandra Sweeney Beaudry, étudiante en second cycle de droit, qui s’interroge sur la notion de légitimité. Celle-ci diffère de la légalité : définie comme conforme à un principe juste, son intégration dans le droit est aujourd’hui discutée. L’application des normes strictes de la loi n’est pas forcément équitable : elle doit rester neutre. Pour mieux déterminer sa légitimité, on peut analyser ses effets directs. Il est préférable, lors de la création d’une loi, d’inclure les acteurs par négociation ou collaboration.

La fiscalité est régie par des lois

De son côté, Marie-Pierre Allard, professeure à l’École de gestion, insiste sur les différences entre planification, évasion et évitement fiscal. L’évitement fiscal, c’est réduire l’impôt payable. Bien que la notion de légalité de ces méthodes soit claire, il en va différemment en ce qui concerne leur moralité. Professeure Allard demande : « Est-ce immoral seulement parce que c’est illégal? » L’évitement fiscal qui ne respecte pas la loi est qualifié d’abusif. Alors, comment déterminer, dans le cas d’une entreprise par exemple, où se situe la limite entre le moral et l’immoral? « Il faut prendre une décision cas par cas, affirme Marie-Pierre Allard. Souvent, on évalue les entreprises à risque selon leur passé fiscal ou leur domaine de business. Mais évaluer la moralité, ça implique de basculer dans le juridique. »

Et le secteur médical?

Au Québec, l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes est illégale. Gina Bravo, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé, présente les résultats de la première étude canadienne interrogeant les proches aidants sur cette question, mettant en situation le cas d’Alzheimer. Après diagnostic, une personne atteinte de cette maladie peut décider de rédiger une directive anticipée, dans laquelle elle formule sa volonté de recourir à l’AMM à un stade particulier. Quelles questions se posent alors? L’étude a conclu que 68 % des proches aidants étaient favorables à l’AMM dans le cas de l’existence d’une directive. « Il y a donc un fort appui de ces personnes, mais le sujet reste très complexe », fait remarquer professeure Bravo. En effet, il faut prendre en compte l’éventuelle adaptation du patient à la maladie ou encore le traumatisme subi par les médecins.

C’est justement d’eux que parle Charles-Antoine Barbeau-Meunier, étudiant en médecine. Il livre un exposé sur la fatigue de compassion, ou quand l’empathie pour les patients s’estompe. Selon lui, ces derniers sont comme déshumanisés du fait de la pression de performance exercée sur les médecins et du développement de la technologie. Cela peut créer un effet placebo chez le patient : moins de contact, c’est moins de confiance, moins d’échanges, et moins de personnalisation des traitements. On s’intéresse à la maladie, mais qu’en est-il du récit de vie? Le problème est donc d’améliorer la prise en charge des patients tout en évitant l’épuisement professionnel du personnel médical.

Vous avez manqué cette soirée riche en réflexions? Rendez-vous le 4 décembre à la Capsule Bistro-Cinéma pour la prochaine édition de Bistro Brain qui abordera la consommation et l’excès!


Crédit Photo ©  BistroBrain

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