LETTRE OUVERTE « Et si l’on voyait la prévention autrement? »

En cette semaine de prévention des agressions à caractère sexuel, posons-nous la question…

Et si l'on voyait la prévention autrement ?

Lorsqu’on parle d’agressions sexuelles, un phénomène se produit. D’un côté, les hommes se sentiront attaqués et verrons dans le message une tentative de les étiqueter comme agresseur. Les femmes quant à elles, tenteront cognitivement de se détacher de l’image de la victime. « Les agressions sexuelles, je ne suis pas concerné par ça ». Le message passe-t-il vraiment? Le sentiment d’invulnérabilité qui protège notre intégrité morale en nous donnant le sentiment qu’on ne peut être atteint nous garde bien loin du problème et de ses conséquences. Ce sentiment contribue aux mythes et préjugés entourant les agressions sexuelles. « Moi ça ne pourrait pas m’arriver, parce que je me défendrais » « Elle a toujours eu des fréquentations douteuses » « Je sors beaucoup moins dans les bars qu’elle, ça ne pourrait pas m’arriver », « les hommes qui agressent sont des maniaques sexuels et je n’en suis pas un » « plusieurs hommes sont victimes de fausses allégations ». Par ces réflexes de protection, autant les femmes que les hommes tentent de garder une distance entre un phénomène qui peut leur sembler horrible « être agressé » ou « être agresseur ». L’être humain dans toute sa complexité tentera par tous les moyens de trouver des raisons logiques à une problématique qui ne l’est pas.

Et si l’on voyait la prévention autrement ?

Et si à partir d’aujourd’hui nous nous sentions concernés? Si l'on intégrait graduellement la possibilité que personne ne soit à l’abri? Si l'on se mettait à croire qu’en se responsabilisant, nos proches pourraient en bénéficier? Si l'on faisait un effort collectif pour que nos voisin(es), nos collègues, nos ami(es), nos frères, soeurs, nos enfants, la madame de l’épicerie, le facteur, l’enseignant de notre nièce et toutes les personnes qui nous entourent n’aient pas à vivre dans un monde où la violence est tolérée. Et si l'on se serrait les coudes en se donnant le mandat de changer notre approche quant aux violences sexuelles un pas à la fois? Se demander « de quoi j’aurais besoin si j’étais victime », « qu’est-ce qui pourrait m’aider si cela m’arrivait » ? « Vers qui pourrais-je me tourner pour avoir de l’aide si un jour mes comportements sexuels devenaient violents et malsains envers les autres ? » On pense souvent à tort que prévenir des agressions sexuelles c’est attaquer l’agresseur qui s’en prend à quelqu’un, c’est d’apprendre à frapper aux bons endroits lorsqu’une personne nous agrippe… Toutefois, la prévention des agressions sexuelles c’est de respecter de plus en plus les besoins et désirs de tout un chacun dans nos relations, c’est être plus attentif à l’autre, c’est se positionner contre les commentaires dégradants de votre compagnon de classe, c’est aller chercher de l’aide lorsqu’on est témoins des gestes déplacés de sa collègue, c’est devenir la femme et l’homme conscient des droits de l’autre. En fait, la prévention, c’est faire preuve d’un peu plus de compassion, d’humilité et d’ouverture chaque jour.

Et si l'on voyait la prévention autrement ?


Mission de l’organisme

Depuis 35 ans, le Calacs Agression Estrie vient en aide aux femmes et aux adolescentes (12 ans et plus) ayant été victimes d’agression à caractère sexuel ainsi qu’à leurs proches. L’organisme communautaire autonome offre des services d’aide directe, de prévention et de sensibilisation aussi bien qu’il réalise des luttes et des actions politiques.

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