Lettre ouverte

 Quand ça m’est arrivé, j’ai longtemps hésité. J’avais peur de ce que les gens allaient dire et honnêtement, avec le recul, ce n’était pas la fin du monde. Mais après en avoir parlé avec les gens autour de moi, j’ai réalisé que si je ne disais rien, ce gars-là allait refaire à plein de filles ce qu’il m’avait fait à moi.

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J’étais bénévole au 5 à minuit de la faculté de droit. Un gars m’a demandé de m’approcher pour me poser une question. Quand j’ai été assez proche, il a tout simplement décidé qu’il avait le droit de me pogner la poitrine bien comme il faut. Puis il est parti, en titubant et en riant, fier de son coup. Comme si c’était une joke faire ça au monde, comme si c’était drôle. Ce n’était pas juste une petite poignée de main, ça ressemblait plus à de la pâte en train de se faire pétrir. Bref, il s’en est permis vraiment... beaucoup...trop à mon goût.

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Déjà que ma soirée n’allait pas vraiment bien à cause des gens irrespectueux qui n’écoutaient pas les consignes des bénévoles, mais en plus lui.

Inutile de vous dire que je suis restée figée. Je ne savais juste pas quoi faire, alors j’ai pleuré un peu. Je vais essayer du mieux que je peux de vous expliquer comment on se sent après s’être fait toucher par un inconnu à qui on n’a aucunement permis de le faire. C’est de l’impuissance, beaucoup d’impuissance. De la peur aussi. Après un certain moment, c’est le dégoût qui embarque. J’avais hâte de prendre ma douche, comme si quelque chose de vraiment sale était collé sur mes seins. Je voulais vomir.

J’ai essayé d’aller parler au gars, j’ai crié dans sa face qu’il n’avait plus jamais le droit de faire ça à aucune fille et que s’il en avait besoin, qu’il le fasse en gentleman. Il m’a regardé en riant et en me faisant un beau «fuck you». J’ai compris que ça ne servirait à rien. C’était moi la pas normale dans cette histoire. Il avait été parfaitement correct et c’était moi qui exagérait. Moi «fuck you»? Non, toi «fuck you» mon gars!

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On me dit que j’aurai dû le frapper, mais sur le moment, j’aurai été incapable de faire quoi que ce soit. J’étais enragée d’avoir été naïve, enragée qu’il me prenne pour un objet, enragée qu’il se croit tout permis.

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Enfin, c’est vrai que cet épisode ne m’a pas affecté longtemps. J’ai plein d’amis autour de moi, un amoureux attentionné et une famille présente. J’avais tout ce qu’il me fallait pour passer à autre chose. En plus, même si c’était inacceptable, il m’a juste touché les seins.

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Je pense à toutes les filles qui se sont fait pogner la poitrine cette soirée-là, parce qu’évidemment, ça ressemblait vraiment à une simple partie de plaisir pour lui. Est-ce qu’elles vont bien? Et celles qui se font toucher encore plus longtemps et à plus d’endroits? Comment font-elles pour se laver? Elles doivent sûrement s’arracher la peau dans la douche.

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J’essaie aussi de comprendre pourquoi il avait besoin de faire ça. Il n’est pas capable de le faire gentiment? Il n’a pas confiance en lui? C’est peut-être lui dans le fond qui a besoin d’aide...Mais je ne suis pas ici pour le critiquer lui. L’important, c’est que moi, je vais bien. Je vais bien parce que j’en ai parlé à mes proches, je suis allée chercher l’aide dont j’avais besoin.

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Je voulais dénoncer ce qui m’est arrivé pour que vous compreniez que ça existe. Et que ça doit arrêter. Le corps d’une femme, ce n’est pas un terrain de jeu. Si vous connaissez des gars qui font ça pour rire, dites leur que ce sont les seuls qui trouvent ça drôle dans cette histoire.

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- Anonyme


Crédit photo © Cathie Lacasse Pelletier

L'édition du 3 novembre du Journal Le Collectif contient un dossier choc de quatre pages entièrement dédié à l'enjeu des agressions à caractère sexuel commises sur le campus de l'université de Sherbrooke. Huit articles qui abordent la problématique sous autant d'angles.

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