L’histoire de l’humour au Québec : une longue lignée de fous rires

Les Québécois aiment rire, et ces derniers profitent de toutes les opportunités qui passent pour faire la rigolade, c’est bien connu. C’est probablement pour cela que les spectacles d’humour ont la cote depuis plusieurs années. De Ti-Gus et Ti-Mousse à Mariana Mazza, en passant par Olivier Guimond, les humoristes font partie des artistes dont la dose d’amour du public n’a pas fléchi.   

Par Martine Dallaire 

Pour mieux saisir l’humour contemporain, il est essentiel de retracer l’histoire du rire aux différentes époques de l’histoire québécoise. Le rire a connu sa propre évolution, de l’être primitif à aujourd’hui. L’histoire de l’humour québécois nous permet donc de mieux cerner l’évolution de notre perception du comique tout comme celle de notre société. C’est pourquoi une brève incursion dans son histoire nous permet de comprendre pourquoi nous sommes passés du burlesque à l’humour tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Les années folles du burlesque 

Le burlesque a connu ses heures de gloire dans le Québec des années 1930 à 1940. Bien qu’ils aient été boudés par la bourgeoisie qui les trouvait vulgaires, Rose Ouellette, mieux connue sous le nom de La Poune, Jean Grimaldi et Arthur Pétrie ont fait les beaux jours du peuple québécois pendant ces années marquées par la Dépression et la Seconde Guerre mondiale. Ici, on assiste le temps d’un spectacle au renversement des rôles dominés/dominants, dans un discours mettant en valeur le réalisme grotesque marquant la suprématie de la vie matérielle et corporelle au grand dam de l’élite. 

Les comiques font la joie des Canadiens français, la classe dominée. La femme (La Poune) renverse l’autorité, les nécessiteux prennent le dessus sur les riches et les Canadiens français se moquent des anglophones. La ville n’est pas diabolisée et la campagne n’est plus sur un piédestal. On rigole, on se réconforte dans nos petits malheurs et grandes misères, pendant que le Québec religieux et traditionnel continue de promouvoir le respect et la bienséance.

L’apparition des cabarets

L’humour des cabarets naît à la fin de la 4décennie avec Claude Blanchard, Dominique Michel, Paul Berval et Réal Béland, qui signent la fin des traditions pour laisser place à la modernité. Le comique se raffine, certes, mais il s’agit davantage d’un changement de forme que de fond, même si les entorses verbales et existentielles avec les représentations publiques de la sexualité montrent une transformation par rapport à la période précédente. Les cabarets ne survivront toutefois pas en raison de leur douteuse réputation (étant souvent associés aux caïds montréalais), mais aussi à cause de l’arrivée massive de la télévision dans les foyers. 

L’humour engagé de la Révolution tranquille 

La Révolution tranquille amena un tout autre type d’humour avec ses nouvelles valeurs et la nouvelle conjoncture économique. Le Québec s’émancipe et se modernise, entraînant un nouveau type d’humour plus engagé et critique, voire contestataire. Les humoristes délaissent le fatalisme et la résignation de leurs prédécesseurs pour faire place à l’attrait de l’affranchissement et à une certaine quête d’autonomie du Québécois, né pour un p’tit pain. Les comiques partagent les nouvelles valeurs à la base de cette société nouvelle, donnant au rire un pouvoir de contestation des pensées archaïques des générations précédentes. 

C’est le début du monologue social, initié par le coloré Yvon Deschamps et l’Estrienne Clémence DesRochers. Ces derniers cherchent à ébranler les convictions et tentent de stigmatiser les préjugés au sujet du Québécois de la nouvelle génération. Marc Favreau, sous les traits de son personnage Sol, exploite les jeux de mots pour susciter la réflexion. Une forme d’humour plus choquante fait son apparition avec l’arrivée des Cyniques, maîtres de la satire sociale. Leurs blagues parfois cruelles contre certaines personnalités publiques ou les autorités et la religion ne résisteront toutefois pas à l’humour engagé des penseurs, qui eux réussiront à naviguer à travers les époques. 

 

Les années 80 : l’ère de l’absurdité

Le vent humoristique tourne début des années 1980 avec une nouvelle attitude de la part des humoristes. C’est l’arrivée, en 1983, des Lundis des Ha ! Ha !, initiés par Serge Thériault et Claude Meunier, lesquels appartiennent à un univers fort différent où l’apolitisme et l’abandon de l’engagement triomphent, avec pour trame de fond la bêtise et l’absurde, grâce à leurs personnages de Ding et Dong. Selon Robert Aird, auteur de L’Histoire de l’humour au Québec de 1945 à nos jours, l’État-providence et la postmodernité néolibérale pourraient expliquer l’apparition de cette forme d’humour reflétant la primauté des préoccupations individuelles sur la collectivité. 

 

L’humour-réflexion, plus qu’un simple divertissement

Au début des années 90 apparaît en même temps une nouvelle forme d’humour appelant à la réflexion et à la responsabilisation. Daniel Lemire y a fort bien réussi en visant à répétition les gens au pouvoir, alors que non sans cynisme, il prend le parti du peuple et, plus particulièrement, celui des moins nantis. Son homologue, Pierre Légaré, pousse lui aussi le peuple à la réflexion, alors qu’il constate la médiocrité ambiante avec un cynisme sceptique et, surtout, sans y proposer la moindre solution. 

À la lumière des propos de l’auteur Robert Aird, il est aisé de constater que l’humour est façonné à la fois par les courants sociaux que par le climat politique. Reste à voir comment la situation actuelle influencera le discours des humoristes au cours des prochaines années.

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