L’humain religieusement artistique : portrait de la relation entre l’art et la religion

L’art moderne. Le troisième art. L’art de la guerre. L’art médiéval. L’art de se mettre les pieds dans les plats. Qu’est-ce que l’art au juste? C’est là une question qui est à la source de plusieurs débats et réflexions traversant les époques. Dans les faits, les philosophes n’ont jamais vraiment arrêté de cogiter puisque l’art est appelé a évolué en fonction des mœurs, des cultures, etc. Certains disent même qu’il y aurait autant de définitions qu’il y a d’artistes et de personnes qui apprécient l’art.

Par Karyn Brown

L’art à saveur religieuse

Dans l’Antiquité, tout particulièrement en Europe occidentale, on tentait de représenter la beauté, ce qu’est le beau. L’art avait donc une fonction d’idéalisation du réel. Les penseurs modernes ont quant à eux effectué un clivage entre l’art et la beauté. Ainsi, l’art se devait d’être authentique avant d’être beau. L’écrivain et journaliste Claude Roy écrivait en 1992, dans son essai L’Art à la source, que « l’art, c’est ce qui, dans un objet, continue à servir quand il ne sert plus à rien ».

Comme l’art est profondément rattaché à l’être sensible de l’Homme, à la grandeur de son âme, la religion et la spiritualité se sont rapidement mises au diapason de cette forme d’expression. Ou est-ce le contraire? Certes, on ne peut nier l’étroite relation entre ces deux piliers.

Plus présente que jamais!

Au Moyen-Âge, l’objet principal des œuvres d’art était la religion chrétienne, la spiritualité. Que l’on pense à la sculpture, à la musique, à la peinture, etc., la religion chrétienne était plus que présente. En fait, toutes les sphères sociales y passaient. Et cela, les mille et une églises italiennes peuvent en témoigner aujourd’hui. On tentait de représenter les différents principes et valeurs de la religion chrétienne à travers des fresques, des mosaïques, des pièces musicales, etc. On y racontait les histoires bibliques.

L’art n’a jamais arrêté de se développer. Cependant, il est possible de se questionner sur le contrôle de l’Église par rapport à la libre expression de celui-ci. Les innombrables œuvres que l’on peut retrouver dans les églises ont été « commandées » par le clergé. On parle donc ici d’un aspect plutôt commercial de l’art, où il y avait plusieurs interdits face aux sujets abordés. De plus, on peut fort douter du plein épanouissement de l’art, alors soumis au contrôle ecclésiastique.

La distanciation

Pendant la Renaissance, l’art s’est de plus en plus tourné vers l’Homme afin d’en faire son sujet central. Or, même si l’Église devient de moins en moins présente, la religion reste tout de même présente dans l’art. L’artiste positionne son sujet par rapport à la religion. Que ce soit par opposition ou en accord avec la religion et l’Église, le fait est que le thème religieux demeure présent.

Ici au Québec, il faudra attendre plus longtemps avant d’avoir une réelle émancipation artistique, une autonomie libérée des griffes du clergé. En 1948, peu de temps avant l’amorce de la Révolution tranquille, des artistes se mobilisent en publiant le manifeste du Refus global du célèbre peintre Paul-Émile Borduas. Les cosignataires veulent des changements radicaux au niveau artistique, mais aussi au niveau social. À leurs yeux, le dogme religieux n’a plus sa place dans le paysage québécois :

« Des consciences s'éclairent au contact vivifiant des poètes maudits : ces hommes qui, sans être des monstres, osent exprimer haut et net ce que les plus malheureux d'entre nous étouffent tout bas dans la honte de soi et de la terreur d'être engloutis vivants. »

Non sans faire de remous, le clergé condamne vivement le manifeste, mais ce n’est que le début d’un long changement.

Les cosignataires veulent des changements radicaux au niveau artistique, mais aussi au niveau social.

Depuis, sans perdre la spiritualité et l’élévation de l’âme humaine dans son objet, il y a nettement une distanciation prise entre la religion et l’art. À l’instar de la société, l’artiste devient libre de prendre la direction qui l’inspire. On y retrouve autant d’objets qu’il y a d’artistes. Que ce soit par l’observation de la nature, de son environnement ou des différentes cultures, « l’art continue de tracer la voie d’une irrépressible nécessité de l’élévation ». (Alizart, 2008)

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