L’humour au temps du cancer

Par Marc-André Lafrance

Too soon. Ça se dit pas. Ça te fait rire? La souffrance, la maladie, la guerre, le racisme? Ça se pourrait. Pourquoi je n’en rirais pas? Il s’agit de notre réalité actuelle, et avec toutes les raisons que l’on a pour pleurer, il faut bien réussir à voir du rire quelque part.

Même si ça peut paraître insensible comme humour, il est important avant tout d’analyser le but réel de ce genre de blagues. Les personnes qui les font cherchent-elles à ridiculiser? Cherchent-elles à minimiser un sujet, le rendre moins gros aux yeux du public? Ou cherchent-elles plutôt à amener un autre angle, souvent plus ludique, à un problème social?

Selon le rôle que l’on accorde à ces commentaires, on peut chercher à en déduire la place de l’humoriste dans notre monde actuel, car il s’agit du comique avec une tribune, celui dont on va parler dans les médias. Parce que ces humoristes peuvent souvent se servir de blagues comme exemple pour analyser une situation sur laquelle on ne réfléchit pas nous-mêmes. On peut notamment penser aux opinions de Louis CK sur la pédophilie, qui est un sujet plus lourd, ou de Aziz Ansari sur la façon dont les gars agissent avec les filles dans un bar, qui est un sujet plus léger, mais amené sous un angle que l’on n’avait peut-être pas imaginé.

Ce que l’humour qui traite de sujets sensibles ou tabous amène, ce n’est pas de la ridiculisation. Personnellement, j’y vois une forme d’optimisme, voir le beau dans le laid, le bien dans le mal. Une personne capable de rire d’un sujet considéré « intouchable » est selon moi capable de montrer une distance par rapport au sujet en question, et cette distance en vient à développer son esprit critique sur un même sujet.

L’humour, au même titre que le journalisme, est un reflet, plus ludique, de l’époque dans laquelle nous vivons. On le voit à son évolution, à ses genres, à ses sujets, et même parfois à ses controverses.

Plusieurs humoristes se caractérisent par de l’humour noir, cynique ou vont faire des blagues qui vont choquer. Certains vont parler de sensationnalisme alors qu’il s’agit tout simplement d’un point de vue de notre société actuelle. Si les humoristes ne se penchaient pas sur l’actualité, sur l’évolution sociale que vivent leurs communautés, ils nous répèteraient constamment la même blague du gars qui voulait rentrer dans la police ou de pet pis répète.

Le fait qu’un humoriste s’avance sur un terrain plus risqué tient du fait qu’il n’est que témoin de ce qui se passe, tout comme nous. Il voit la société d’un certain point de vue, et nous l’exprime, avec la même distance que la majorité des gens ont sur le sujet. Il peut parler du gouvernement en tant que contribuable, tout comme nous. Certains exposés sont mieux faits que d’autres, mais je considère important que nous gardions dans notre culture des points de vue différents, ludiques ou cyniques, qui permettent souvent de mieux connaître les différents angles d’une nouvelle.

L’humour, au même titre que le journalisme, est un reflet, plus ludique, de l’époque dans laquelle nous vivons. On le voit à son évolution, à ses genres, à ses sujets, et même parfois à ses controverses. C’est pourquoi il est important de continuer d’en consommer, d’en visionner, et surtout d’en rire. Ce texte n’est pas une défense des humoristes, parce qu’ils n’ont selon moi pas besoin d’être défendus. C’est plutôt pour vous rappeler d’encourager ces reporters un peu nonos qui cherchent à divertir par-dessus la joke de « pet ».

Allez voir des soirées d’humour dans votre coin de pays, participez à des festivals d’humour en tout genre, suivez les humoristes sur Facebook. Encouragez-les le plus que vous pouvez, et écoutez-les. Sinon, on sera aux prises avec la même joke de pet qui se répète.

Et pour ceux qui se le demandent, oui le titre est un jeu de mots avec le titre de la chanson de Philippe Brach, qui lui aussi est un jeu de mots. On repousse les limites.


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