L’illégalité en milieu professionnel

Par Justine Gravel

L’octroi de gestes illicites en milieu professionnel est un phénomène très présent dans notre société actuelle, où le pouvoir et la prospérité sont tant convoités. D’après un sondage effectué par l’Association of Certified Fraud Examiners (ACFE), on estime que les organisations perdent 5 % de leur chiffre d’affaires par année en raison de la fraude commise par des employés. C’est un fait que la fraude peut faire la différence entre l’entreprise saine économiquement et celle qui ne l’est pas. De plus, la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, mieux connue sous le nom de la Commission Charbonneau, a permis de confirmer au grand public que la corruption était un phénomène bien réel au Québec.

La Commission

D’après le professeur à la Faculté de génie, Mourad Karray, spécialisé dans le domaine du génie civil, la Commission et les médias ont eu un impact négatif sur l’image que la population en général se fait des ingénieurs : « La Commission a eu un impact sur le génie civil en général, plus particulièrement sur l’image de l’ingénierie en société. Il y a eu un matraquage médiatique, l’image a été ternie ». Par la mauvaise couverture médiatique entourant la Commission Charbonneau découlent des problèmes reliés à la conjoncture économique en lien avec la perte de contrats, notamment l’achat de firmes québécoises par des compagnies étrangères et la perte de nombreux emplois. Bref, du point de vue de l’ingénierie, la Commission a eu davantage d’effets négatifs que bénéfiques, et c’est l’avis de la majorité des personnes du milieu de l’ingénierie, d’après le professeur Karray. Ce ne sont pas les personnes qui ont manqué d’éthique qui seront le plus pénalisées au bout du compte. C’est l’Ordre des ingénieurs qui aura le plus de leçons à tirer de ces événements; il devra trouver des méthodes pour que l’industrie retrouve une image positive.

Selon l’avis du professeur Karray, le problème d’éthique est un problème relié à l’individu et peu importe les mesures que l’on prendra pour le contrer, l’individu propice à commettre une fraude trouvera le moyen de le faire.

Le milieu financier

Tout le monde se souvient de l’affaire Norbourg, la fameuse fraude financière survenue en 2008, orchestrée par Vincent Lacroix, ancien étudiant à la maîtrise en finance à l’Université de Sherbrooke. Bien que des mesures pour sensibiliser les étudiants de la Faculté d’administration existaient bien avant cette affaire, l’Université est plus sensible au sujet depuis.

Aux fins du présent article, je me suis entretenue avec le directeur du Département de la finance de l’Université de Sherbrooke, Marc-André Lapointe. Il est l’un des fondateurs de la maîtrise portant sur la lutte contre la criminalité financière, en collaboration avec d’autres professeurs de la Faculté d’administration et de la Faculté de droit. D’après le professeur Lapointe, ce programme a pour but de « former les étudiants à apprendre comment déceler les comportements favorables à la fraude et à être capable de gérer la lutte contre la fraude au niveau de la prévention, de la détection et de la répression ». Ce programme, effectif depuis septembre 2014, regroupe une centaine d’étudiants, principalement dans le domaine de la finance et du droit, et forme les professionnels à mettre en place des contrôles pour minimiser les fraudes ou, d’un point de vue légal, à être capable d’investiguer pour par la suite sanctionner les comportements frauduleux.

Bref, il y aura toujours peu d’éthique dans l’industrie de l’argent et du gain. Ce qui est en notre pouvoir, c’est de valoriser un comportement honnête en milieu de travail et de former de futurs professionnels à déceler les comportements propices à la fraude et à la corruption de manière à les éviter, et c’est ce que l’Université de Sherbrooke incite.

 

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