L’industrie du tourisme à Saint-Thomas

Par Frédérique Charron

Dès notre arrivée sur l’île, nous avons remarqué l’importance de l’industrie du tourisme et son impact sur le quotidien des habitants et habitantes. En effet, le tourisme aux Îles Vierges représente près de 80 % des activités d’emploi. Les gens dépendent de cette industrie pour que leurs commerces prospèrent. Lorsqu’un bateau de croisière accoste au port de Saint-Thomas, tout le quotidien des gens locaux change drastiquement et l’énergie de la ville n’est plus du tout celle que l’on connaît lorsque seuls les habitants et habitantes l’occupent. Dès que l’on se rend « in town », le port où les bateaux de croisière accostent, comme ceux de Royal Princess, Queen Mary, etc., le panoramique change complètement. Ces géants des mers déjouent les activités et les habitudes quotidiennes des gens locaux et amènent de la vie dans l’industrie locale.

On s’étonne de remarquer la dépendance économique de cette industrie, qui en temps de tempêtes ou d’ouragans, est menacée. Arrivées pendant la saison des ouragans et ayant vécu Dorian et Karen, nous avons pu remarquer l’impact que le tourisme a sur les commerces locaux quand aucun bateau ne se présente pendant plus de quelques jours. La plupart des commerces sont fermés et les gens profitent de ce temps de répit pour nettoyer les ravages de la tempête ou de l’ouragan. Ne sachant pas à l’avance l’impact d’une tempête sur l’île, il est difficile de prédire quand les prochains bateaux de croisière pourront recommencer les visites sur l’île.

Tout tourne autour… des bateaux

Tous nos déplacements se font en « safari », des camions faits sur mesure avec des ajouts de sièges à l’arrière. Le système de transport est géré par les conducteurs et conductrices. Ils choisissent leurs heures de travail et c’est pourquoi certains jours, comme le dimanche, il est plus rare de pouvoir en apercevoir un chaque heure. Pour ceux qui dépendent des safaris pour se déplacer, c’est plus compliqué. Les jours où un ou même deux bateaux de croisière arrivent à l’île, les safaris se dédient aux touristes, sachant qu’ils peuvent leur demander plus que le dollar normalement payé par les gens locaux. Tous les résidents et résidentes de l’île doivent donc attendre les rares safaris disponibles pour eux. En plus de desservir tous les habitants et habitantes de l’île, tous les élèves utilisent ce moyen de transport pour se rendre de l’école et en revenir. À l’heure de pointe, pendant laquelle les élèves souhaitent revenir à la maison et celle où les bateaux de croisière repartent, il peut prendre plus d’une heure avant d’avoir une place dans un safari. Comparativement aux jours calmes lorsqu’aucun touriste n’est sur l’île, c’est une réelle et grande différence dans le service de transport.

Tous les commerces près des bateaux sont ouverts lorsque les touristes arrivent. Toutefois, dès que les bateaux quittent l’île, ce n’est plus très clair s’ils ont un horaire précis. Pour les gens locaux, il devient difficile de pouvoir se fier aux commerces et à la possibilité de les visiter chaque jour. Tout dépend de l’industrie du tourisme et tout le monde s’adapte à l’horaire des bateaux plutôt qu’à celui des citoyens et citoyennes, c’est beaucoup plus profitable pour eux. Les gens semblent toutefois s’y faire, mais peut-être qu’une certaine frustration se ressent quant à donner l’avantage aux touristes et faire passer les habitants en deuxième.

Nous habitons l’île, oui !

Malgré le fait que techniquement nous habitions l’île, les gens nous associent beaucoup à des touristes. En effet, dès nos sorties au centre-ville, les gens nous abordent en tant que touristes en nous proposant un taxi ou alors en nous expliquant le système des safaris. Derrière notre sentiment de reconnaissance se cache un certain épuisement de constamment devoir se définir comme résidentes pour éviter les nombreux échanges concernant un service que nous ne recherchons pas. Nous savons où nous allons et cela peut devenir étouffant de se faire arrêter à chacune de nos sorties. Certains cherchent seulement à nous aider, tenant pour acquis que nous visitons les lieux, et c’est tout à fait justifiable compte tenu du nombre incroyable de gens étrangers chaque semaine sur l’île.

Une des plus belles plages du monde

Considérée comme l’une des plus belles plages du monde, Magens Bay est la plage la plus primée de l’île et celle où les touristes se rendent dès leur arrivée. Payante pour les touristes et les habitants, cette plage devient envahie dès qu’un bateau accoste. L’ayant visitée à deux occasions, dont une fois sans touristes, c’est impressionnant de voir l’impact de sa renommée. Tous et toutes sont à la recherche d’un safari ou d’un taxi et certaines personnes louent même une voiture seulement pour se rendre à cette plage, située à l’opposé d’où elles arrivent. L’impact du tourisme sur les gens locaux est flagrant, mais nécessaire pour que l’économie puisse prospérer. Malheureusement, pour assurer un service rapide et constant, plusieurs déchets résultent de cette industrie et ce sont les habitants et habitantes qui en vivent les conséquences.

Les gens de Saint-Thomas ont créé une communauté qui se soutient et qui est à l’écoute des autres. En tant que résidente de quelques mois, c’est spécial d’être témoin de cette énergie que l’on n’aperçoit pas nécessairement dans notre culture, particulièrement pressée et individualiste. C’est pourquoi les touristes sont invités à s’imprégner de leur culture et à s’en informer davantage pour comprendre leurs origines et les influences culturelles qui en découlent. Le tourisme restera pour eux l’industrie première en termes d’importance économique, mais des améliorations, notamment au niveau des déchets produits autant par les bateaux que par les commerces et restaurants, devront être considérées pour faire du tourisme une activité durable et responsable sur l’île.

 

https://lawblog.vilaw.com/2014/09/articles/community-affairs/budget-cuts/


Crédit Photo @ Frédérique Charron

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