L'insulte : ces mots qui changent tout

Par Judith Doré Morin

Près de vingt ans après avoir écrit et réalisé son premier long-métrage, West Beyrouth, le cinéaste Ziad Doueiri transporte à nouveau le public dans la capitale libanaise avec L'insulte. Ce drame judiciaire fait état des cicatrices laissées par la guerre civile au sein de la ville et de ses habitants. Le film franco-libanais a pris l'affiche le 16 février dernier à La Maison du Cinéma. 

Une gouttière crachant de l'eau sur les passants. Deux mots lancés en l'air. Un simple souffle qui ravive les flammes d'un conflit enfoui sous les cendres du temps. Deux hommes face au constat qu'ils sont tous deux issus d'une terre morcelée.  

Une goutte devenue tempête

Toni Hanna et Yasser Abdallah Salameh, interprétés respectivement par Adel Karam et Kamel El Basha, se tiennent devant les juges. Derrière eux, deux communautés encore profondément marquées par la guerre civile libanaise. Sous l'effet des médias, un différend entre un garagiste et le contremaître d'un chantier de construction devient rapidement une affaire d'État opposant chrétiens libanais et réfugiés palestiniens.

Lorsque Yasser se présente à l'appartement de Toni, avec l'intention de réparer la gouttière hors-norme de son balcon, ce dernier ferme sa porte au nez du contremaître. Yasser décide tout de même d'effectuer les travaux requis. Peu de temps après, le résident détruit la gouttière nouvellement installée sous le regard stupéfait de Yasser. C'est à ce moment que Yasser traite le garagiste de « sale con ».

Malgré la pression de son employeur, Yasser refuse de s'excuser auprès de Toni. La tension entre les deux hommes augmente au fil des jours, jusqu'à ce qu'un coup donné dans un moment de rage les amène devant les tribunaux. Dès lors, d'anciennes blessures gardées secrètes sont dévoilées tandis qu'une jeune avocate, interprétée par Diamand Bou Abboud, tente de prouver à son père qu'elle peut remporter un procès.

Une page à tourner

Bordé par la Syrie et Israël, le Liban représente une terre d'accueil pour de nombreux individus ayant fui les conflits déchirant le Proche-Orient. L'insulte explore les tabous qui persistent au sein des diverses communautés de cette nation qui tente de rester soudée malgré la précarité amenée par la guerre. À l'issu d'un procès qui prend des proportions inattendues, le réalisateur libanais Ziad Doueiri lance un message puissant à ces femmes et à ces hommes qui se croient ennemis : « Personne n'a l'exclusivité de la souffrance. »

L'insulte, qui a officiellement pris l'affiche en 2017, connaît un véritable succès international. Le film a notamment remporté le Standard Readers' Jury Prize à Vienne ainsi que trois prix au festival de Valladolid en Espagne. De plus, à Venise, Kamel El Basha a reçu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine. Le 4 mars prochain, à l'occasion de la 90e cérémonie des Oscars, le long-métrage sera présenté dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. L'insulte est de ce fait la première œuvre libanaise sélectionnée dans cette prestigieuse compétition qui souligne l'excellence dans l'industrie du cinéma depuis 1929.


Crédit Photo @ L'Insulte

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