Lire pour le plaisir: Les jours sont comptés

Page 11 - Nora TL - La nageuse au milieu du lacDans La nageuse au milieu du lac, Patrick Nicol remarque avec justesse que Sherbrooke n’a pas de sud. Figure centrale de ce roman, sa mère a pour sa part perdu le nord.

Par Nora T. Lamontagne

On peut se demander ce que la mère de Patrick Nicol penserait de son fils à la lecture de La nageuse au milieu du lac, elle dont les tics sont affectueusement racontés — mis en scène pour être exact — alors que sa mémoire s’étiole. L’enverrait-elle en punition dans sa chambre? Ressentirait-elle un velours comme à la lecture d’une maladroite carte de fête des Mères? On peut se le demander, mais il est dur d’imaginer la vie d’une femme dont on ne contemple finalement que les derniers gestes, ceux qui n’ont de sens que pour elle et sa démence.

On en apprend peut-être plus sur Patrick Nicol lui-même, ici narrateur. Comment il perçoit son quotidien entre l’hôpital, le cégep (où il enseigne) et la maison. L’immensité de sa fatigue, à s’occuper de sa mère qui n’est jamais nommée autrement. À quel point sa vie entière est propice à la divagation, autant dans une salle d’attente qu’à l’observation des fragments d’une murale copte. Tout pour s’évader momentanément du rôle étiqueté « proche aidant », fourre-tout alias de la vie entre les parenthèses de chambre d’hôpital.

Cet étonnement constant sert le propos. Il existe bien une certaine analogie entre les distractions passagères du fils et l’Alzheimer de la mère, bien qu’elles ne partagent pas les mêmes sources. Comme si le narrateur tentait de combattre le mal par le mal, tentait d’oublier l’oubli.

La nageuse au milieu du lac, une plaquette à lire pour une dose de rides, d’absurde et de derniers jours et à relire si vous avez déjà oublié des bouts.

Extrait : Ma mère est un fantôme en jaquette qui hante les corridors d’une entreprise privée déguisée en centre d’accueil, sans dents, sans lunettes, les fesses trempées et les oreilles bouchées par une prothèse aux piles épuisées. Comment est-ce que t’appelles ça, toi?

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