L’itinérance: personne n’est à l’abri…

Par Dorian Paterne Mouketou

Qui est à l’abri? Toi? Moi? Vous? Nous? Tel est le thème sous lequel s’est déroulée la 16e édition de la Nuit des sans-abri ce vendredi 20 octobre à la place du marché de la Gare, à Sherbrooke. L’itinérance, bien que moins visible à Sherbrooke, est bien réelle. Comment se vit-elle à Sherbrooke?

L’itinérance : un processus complexe

Malgré des plans d’action mis en place par les gouvernements fédéral et provincial contre l’itinérance, ce phénomène revêt tout de même un caractère complexe. Ce n’est pas un profil, c’est plutôt un processus se traduisant par une désaffiliation sociale. Derrière chaque itinérant, il y a une histoire propre, un profil et des problèmes distincts. Si Montréal est une des villes où l’itinérance se démarque le plus, force est de constater que Sherbrooke n’est pas du tout épargnée par ce fléau. C’est dans cette optique qu’existe la Nuit des sans-abri à Sherbrooke.

Une initiative sherbrookoise pour sensibiliser

« Une situation d’itinérance, ça peut arriver à tout le monde », s’exclame la Table itinérance de Sherbrooke (TIS) qui organise la Nuit des sans-abri. Cet évènement de sensibilisation à la pauvreté, à la désaffiliation sociale et à l’itinérance rassemble des gens de toutes les villes au Québec. À Sherbrooke, la 16e édition se voulait éducative et conviviale. Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec les porte-paroles et partenaires, qui étaient présents en soutien à la cause de l’itinérance et à celle des préjugés envers les personnes itinérantes. Le duo de musique Phonz, composé de Joelle Roy et d’Alexandre Leclerc, avoue être « sensible à la cause parce qu’on est conscients que ça peut toucher n’importe qui ». Phonz a accepté d’être porte-parole de l’évènement : « On trouvait que c’était une belle occasion de venir faire du bien aux gens qui étaient ici à l’évènement. Et aussi parce que c’est une cause qui nous touche. On sait qu’on est à risque nous aussi d’être en situation d’itinérance », déclare Joelle.

Avec une douce mélodie sous un ciel gris d’automne, Phonz a su charmer le cœur des spectateurs qui se tenaient au chaud avec un chili servi sur place. « J’espère qu’on aura fait du bien aux gens qui étaient présents. Les gens sont au rendez-vous. C’est important que les gens se déplacent pour s’informer, sensibiliser à la cause », lance quant à lui Alexandre, qui s’est dit satisfait de la soirée. Martin Prévost, ancien chef de chantiers œuvrant dans la construction, a livré un témoignage sur son expérience qui démontre que personne n’est à l’abri de l’itinérance. Mais il a surtout voulu montrer qu’il est possible de s’en sortir. Charmé par l’ambiance festive de l’édition de 2016, il ne pouvait refuser cette offre d’être porte-parole de l’évènement. « Dans mon cas, je ne pensais jamais me rendre à vivre cette expérience et pourtant, un jour, j’ai dû me rendre à l’évidence que c’était ça ma vie, errer sans domicile fixe et là, j’ai trouvé le courage de demander de l’aide », constate-t-il. Il se dit chanceux d’avoir à Sherbrooke, où plusieurs organismes peuvent aider et soutenir des gens en situation itinérante, souvent passagère.

Pour Nancy Mongeau, co-porte-parole et directrice éditrice du Journal de rue de Sherbrooke qui œuvre pour une réinsertion tant sociale que professionnelle des personnes itinérantes, la Nuit des sans-abri se veut une occasion de donner plus de visibilité à la cause et de montrer que l’itinérance est bien présente à Sherbrooke, même si on ne la voit pas. C’est un évènement qui veut également montrer que l’itinérance n’est pas un choix, mais surtout une situation qui peut arriver à tout le monde. Mme Mongeau invite citoyennes et citoyens à participer à la cause, soit en faisant des dons ou en posant des gestes qui peuvent faire du bien aux personnes itinérantes. « Quelque chose qu’on peut aussi faire au quotidien, c’est de parler aux personnes itinérantes. Juste de ne pas les ignorer, ça fait déjà une grosse différence », souligne-t-elle. Se montrer ouvert et généreux, c’est tout autant important que de faire un don. « Quelqu’un qui n’a pas d’argent à donner aux organismes, juste de dire un bonjour… un sourire… ça, c’est déjà beaucoup, parce que la majorité des gens les ignorent, font semblant de ne pas les voir. C’est très blessant pour eux », ajoute Mme Mongeau, qui est aussi représentante de la Table itinérance de Sherbrooke, regroupant 25 organismes communautaires venant en aide aux personnes itinérantes.

Des besoins criants, des ressources faibles

La Table itinérance de Sherbrooke dit toujours être en attente du financement fédéral concernant l’entente Québec-Canada sur la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (STLI). Du côté provincial, la même action est attendue du gouvernement avec le Plan d’action interministériel en itinérance 2015-2020 sur le territoire de Sherbrooke. Mme Mongeau signale qu’il n’y a pas assez de ressources financières pour aider les personnes itinérantes. « Depuis 10 ans, on a vraiment beaucoup de misère. Les subventions sont coupées ou sont très difficiles à ravoir. On sait que le cout de la vie augmente, mais les subventions n’augmentent pas », décrie-t-elle. La TIS revendique la construction de logements sociaux et d’unités d’habitations sociales à Sherbrooke. De même, elle souhaite une bonification significative du soutien financier aux organismes d’action communautaire autonome du milieu.


Crédit Photo © Gabrielle Gauthier

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