Littérature québécoise en Inde : l’histoire d’un partage

Par Jasmine Rondeau

Le Trifluvien Alex Noël fait partie des quelques chargés de cours qui ont eu la chance d’enseigner la littérature québécoise à l’Université Jawaharlal Nehru de New Delhi. Offert dans le cadre d’un séminaire de maitrise en littérature francophone, le cours qu’Alex a donné en 2014 a permis d’intéresser douze étudiantes et étudiants indiens aux œuvres d’ici.

De Geneviève Guèvremont à Réjean Ducharme, les auteures et auteurs québécois ont suscité chez les universitaires une fascination qui a surpris Alex. « À la fin du trimestre, les trois quarts de ma classe ont changé le sujet de leur mémoire pour se diriger vers la littérature québécoise! » Plus encore, Alex s’est rendu dans quatre autres universités indiennes pour y donner des conférences sur le sujet durant son séjour. Selon lui, cette identification particulière de l’Inde au Québec provient en partie d’un passé commun aux deux nations : celui de la colonisation anglaise.

Un choc culturel à double sens

Au risque d’être accusé de promouvoir l’homosexualité – crime passible de neuf ans de prison en Inde –, Alex a mis la pièce Les feluettes de Michel Marc Bouchard au menu. Étant également responsable de la « Salle Québec » de l’Université, il s’est permis la projection, entre autres, de films de Xavier Dolan à la population universitaire. Cette salle en question, inaugurée par Jean Charest à l’époque, est une grande bibliothèque de livres et d’œuvres d’art où se tiennent, une fois par semaine, des conférences portant sur le Québec et sa culture. La place des femmes dans notre société comptait également parmi les sujets que le chargé de cours a souhaité mettre sur la table. C’est pourquoi il a insisté pour enseigner plusieurs œuvres de femmes québécoises. Le poème Speak White de Michèle Lalonde fut d’ailleurs un des coups de cœur de la classe. Pour ce qui est de la maitrise du joual et de l’accent québécois, c’est l’incarnation de personnages des Belles-sœurs qui a joué le rôle.

Fier ambassadeur de notre culture

Apprécié de sa communauté, Alex a avec plaisir accepté d’aider à organiser la semaine de la francophonie à New Delhi. De plus, l’événement a eu le privilège de recevoir Kim Thuy comme invitée d’honneur. Alex a rapporté être témoin d’un grand émerveillement de ses étudiantes devant les nouvelles à saveur érotique contées par l’auteure; ce genre de discours public provenant de la bouche d’une femme est d’une grande rareté dans le pays.

C’est grâce à Vijayalakshmi Rao, professeure à l’Université Jawaharlal Nehru, que l’embauche de Québécois comme chargés de cours à New Delhi a été rendue possible. De son côté, Alex a reçu le Prix LOJIQ emploi en 2015 pour sa participation au projet, avant de recevoir en plus le premier Prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle La vie est une chose minuscule. Il enseigne aujourd’hui la littérature au cégep, tout en réalisant un doctorat en littérature québécoise à l’Université Laval.


Crédit Photo © Alex Noêl Facebook

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