L’ordinateur portable en classe : un débat qui persiste

Par Roxane Grégoire

La présence grandissante des ordinateurs portables en classe ne fait pas l’unanimité dans les universités. Il suffit de faire de brèves recherches dans l’actualité pour le constater: certains professeurs décident de proscrire les portables dans leurs cours, tandis que d’autres tentent de les intégrer au mode d’enseignement. Pourquoi en est-il ainsi et quels sont les enjeux concernés?

L’utilisation des ordinateurs portables croît de façon fulgurante dans les classes universitaires, et les raisons qui donnent lieu à ce changement sont fort simples. D’abord, la première génération ayant grandi avec des ordinateurs et avec internet depuis l’enfance est maintenant rendue sur les bancs de l’université, traînant avec elle une aisance et une connaissance du système informatique bien établies. Ensuite, presque toutes les universités possèdent un réseau internet sans fil, ce qui facilite l’accès aux ressources du web depuis les appareils mobiles. D’ailleurs, une étude de 2011 révélait que seulement 2 universités canadiennes sur 68 ne possédaient pas de réseau Wi-Fi: la Lakehead University et le Royal Military College of Canada. Enfin, il va sans dire que les étudiants qui apportent leur ordinateur personnel en classe le font avant tout parce qu’ils sont financièrement capables de s’en procurer un. Les prix des PC ont effectivement beaucoup baissé au cours des dernières années.

Tolérer ou interdire?

Qui n’a jamais été dérangé par son voisin qui regardait une vidéo en plein cours? Faut-il pour autant bannir l’utilisation des ordinateurs personnels dans les classes? J’ai sondé une vingtaine d’étudiants de l’UdeS à ce sujet. À la question «Qu’est-ce qu’il ne faut jamais faire lorsque nous apportons un ordinateur portable en classe?», les réponses les plus fréquentes ont été «ne pas aller sur les réseaux sociaux», «ne pas laisser le son allumé» et «ne pas naviguer sur internet». Ces réponses m’ont fait sourire, car lorsque l’on jette un coup d’œil aux écrans d’ordinateur en classe, ça ne concorde pas tout à fait. En effet, plusieurs recherches conduites aux États-Unis démontrent que la majorité des étudiants font du multitasking en classe: 87 % regardent leur courrier électronique, 38 % utilisent la messagerie instantanée et 42 % disent naviguer sur le web... A-t-on affaire ici au célèbre dicton «Fais ce que je dis, pas ce que je fais»? En tout cas, ce qui est unanime, c’est que le principal avantage perçu par les étudiants est la prise de notes plus rapide et efficace.

L’opinion des professeurs est très partagée, et vous devinerez que l’argument principal de ceux qui sont défavorables aux ordinateurs portables en classe est la distraction. Les trois professeurs que j’ai interrogés ont dit avoir déjà été dérangés par un ordinateur lors d’un cours, et ce, même s’ils se sont dits favorables à leur présence. Il semble donc que le défi réside non pas dans la tolérance de la chose, mais dans sa gestion. Cela dit, de nombreux enseignants sont convaincus que l’on peut tirer avantage de ce changement dans les salles de cours... Il ne reste qu’à trouver comment s’y prendre.

Carte blanche aux professeurs

Pourquoi ne pas vérifier si l’impact sur les notes scolaires des étudiants est positif ou négatif, vous dites-vous? Quelques chercheurs l’ont fait, mais les résultats sont mitigés et trop peu nombreux pour tirer des conclusions. Tout de même, depuis quelques années, de plus en plus d’universités canadiennes ajoutent sur leur site internet une section concernant la gestion des appareils mobiles en classe et les conditions s’y rattachant. Or, jusqu’à présent, la majorité d’entre elles, dont l’UdeS, laisse chaque professeur décider de la politique qu’il veut appliquer dans son cours.


© Marianne Blouin Caron

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