L’ordre chez l'un est le désordre chez l’autre

Par Andrée-Anne Roy

Carnaval, mot ambigu sur lequel on prétend tout connaître. Carnaval, mot polysémique qui, à travers les âges, s’est vu attribuer plusieurs sens d’ordre historique et a marqué d’une large évolution. Carnaval, un état d’esprit aussi festif que controversé.

Nous connaissons rarement l’origine des choses. Que ce soit par paresse ou par simple mégarde, certains concepts nous échappent, échappent aux usages populaires.

Si les origines de ce mot nous étaient méconnues, j’ai tenté de les démystifier pour vous, et pour moi.

Le carnaval est pour nous un moyen de lâcher notre fou, de festoyer, d’être en famille ou entre amis où confettis, déguisements et danses sont au rendez-vous. C’est une raison de nous mettre une couronne de fleurs et de danser jusqu’aux petites heures du matin, avec du sable entre les orteils. Pour nous, Québecois, il s’agit plus souvent d’une bonne raison d’écouter de la musique en buvant une bonne bière, ou plusieurs. Je pense entre autres au Carnaval de Québec qui, par sa tradition, perdure au fil des ans. Il s’agit d’un moment d’envergure qui chaque hiver accueille un nombre record de gens malgré le froid ou le manque de neige. Le Carnaval de Rio, par exemple, est par contre bien différent et témoigne d’une ambiance hors de l’ordinaire. Les couleurs, les danseurs et la musique sont au rendez-vous pour festoyer pendant cinq jours endiablés.  J’entends déjà la mélodie au loin en pensant à ce phénomène dansant qu’est le carnaval dans mon univers.

Pourtant, cet événement était perçu différemment, pour le dire ainsi, au XVe siècle, à l’âge de Rabelais. En effet, la littérature nous apprend entre autres que l’expression carnavalesque était utilisée pour une tout autre fête, pour un renversement de l’ordre social. Suite à l’élection d’un roi du carnaval parmi les gens du peuple, la présence d’une hiérarchie quelconque se voyait effacée. C’est ainsi que la culture populaire subsistait, et ce, en permettant de remettre en question le pouvoir et l’autorité, du moins, de manière temporaire.  Plusieurs activités violentes et non éthiques avaient donc lieu lors de ce moment de l’année où tout le monde fermait les yeux. Si quelque chose de tel avait lieu de nos jours, je crois qu’il serait possible de le comparer au film La purge dans lequel, pendant une seule nuit, tout est permis. Ce film nous montre la trahison et surtout la violence dont certains seraient capables sans cadre ni règlements. Si ce film est une piètre image de notre société, il nous propose une société ordonnée qui choisirait de semer le désordre pour en maintenir un équilibre. Est-il réellement possible de prévoir les moindres faits et gestes d’une société? Non, et c’est ce déséquilibre, ces éléments nouveaux que je trouve beaux. Ceux-ci nous poussent à sans cesse nous adapter l’un à l’autre puisque l’inattendu montre toujours notre vraie nature.

Carnaval est ici vu comme un état renversé de l’ordre, l’envers du décor et de ce qui peut nous sembler habituel. De ce fait, demandons-nous ce qu’est la norme en 2016. En existe-t-il vraiment une ou sommes-nous en train de déconstruire la routine et de nous projeter vers un monde plus éclaté en diversité pour ainsi créer un monde plus vivant? Vivant par la surprise qu’il évoque et par son surcroit d’audace.

L’envers du décor est chose à envisager pour toute situation. Se peut-il que par moment, nous devions prendre ce qui se propose à nous sans analyse ni jugement? Le renversement de l’ordre tel que vu il y a de cela plusieurs siècles est tout aussi actuel alors que celui-ci existe de moins en moins. On perd certaines traditions pour en retrouver de nouvelles plus permissives dans une société plus ouverte d’esprit. Car c’est là que nous sommes rendus, à l’acceptation.

Se demander si l’ordre est nécessaire, c’est un peu comme se demander si l’humain peut vivre dans un constant désordre. En fait, c’est possible pour certains, mais le plus on s’éparpille, le plus on laisse emmagasiner la poussière, le plus on se sent chasser de chez soi. Certaines fois, on doit remettre l’ordre pour tout simplement comprendre le monde dans lequel on vit. Et c’est pourquoi on tente de catégoriser. Certains sont maniaques du ménage, alors que d’autres se retrouvent bien dans leur désordre. Pourtant, je crois que nous faisons le désordre dans notre société puisque ces normes ne nous plaisent tout simplement plus. Et c’est à nous de remanier et de façonner les valeurs collectives. C’est pourquoi on vous propose de renverser l’ordre, de fêter la diversité.


Partager cette publication