Lorsque le mal s’attribue la place du bien

Par Sylvie Poirier

En milieu universitaire et dans l’environnement de travail, l’ambition effrénée et égocentrique, la performance supérieure et l’esprit de la réussite exemplaire ne sont pas toujours les bons alliés des actions saines et équilibrées, mais bien souvent des comportements indus et le résultat d’un haut niveau de stress. Ce sont des turbulences qui déséquilibrent un nombre considérable de personnes et qui transforment soudainement un caractère noble, affable, en caractère arrogant, irrévérencieux, et un environnement paisible en un milieu de travail néfaste. Apprendre à gérer son stress et prendre conscience de son « culte du moi », c’est modérer son caractère et ses pensées, c’est savoir anticiper les paroles importunes et éviter les pouvoirs abusifs. En résumé, c’est réfléchir et prendre le temps de discerner le bien du mal.

Hélas, la plupart du temps, le bien cède aisément devant le mal. Avenant, diplomate, posé, le bien jette le gant et quitte les lieux pour ne pas engager un duel en langage grossier qui nuirait à sa dignité. Vainqueur, le mal, par sa folie temporaire, s’installe avec désinvolture, détruit son environnement et gère son travail en tourmenteur. Le bien n’est pas un grand philosophe, il ne peut recevoir les coups sans en être affecté. Il est sensible, blessé facilement et peut souffrir les paroles injurieuses, les attitudes agressives, méprisantes, hostiles, autoritaires, irrespectueuses, toute la panoplie de petites douleurs qui saturent et consument l’esprit d’équipe, et dont le mal s’enorgueillit et se pare comme d’un vêtement corporatif. Il est aisé de détruire une bonne relation de travail en raison d’un document qui doit être déposé en urgence. Sous l’effet du stress et de la frustration, l’ami n’est plus l’ami et le collègue devient l’exécutant qui souffre l’arrogance, les sautes d’humeur et la colère du vexateur. Ce qui refroidit une relation comme la lave d’un volcan dans les eaux troubles de la mer.

Du milieu universitaire à l’environnement de travail, le stress et le « culte du moi » sont deux des facteurs principaux de conflits exacerbés dans les relations interpersonnelles. Lors d’une entrevue en entreprise, on cherchera à connaître vos aptitudes quant aux relations interpersonnelles. De bonne foi, vous les jugerez complaisantes et n’hésiterez pas à les faire valoir. Personne n’osera douter de vous. Ce sera votre « culte du moi », le « stress », la tension excessive lors d’un travail urgent, sur le terrain dans le vif de l’action, qui définiront vos aptitudes en matière de relations interpersonnelles, votre comportement envers vos collègues, votre circonspection, votre sens du respect. En d’autres mots, c’est votre compréhension du bien et du professionnalisme, et l’usage que vous en faites tous les jours depuis que vous en possédez la notion. Ce ne sera pas l’employeur qui jugera de vos aptitudes à cet instant, mais vos collègues, ceux qui partagent votre environnement tous les jours de la semaine.

La grande force du bien et sa meilleure défense, c’est la conscience et le résonnement. C’est la faculté d’anticiper les conséquences, de connaître la juste mesure et ce qui définit bien l’intelligence : savoir penser. Une arrogance ou une condescendance qui paraît commune pour certains, voire usuelle, n’est pas inoffensive. Ce sont tous les petits désagréments provoqués par les colères irraisonnées qui enveniment progressivement les relations de travail. Les conditions de travail deviennent exécrables, les excuses deviennent amères et la loi du talion rend le bonheur précaire dans l’environnement de travail. Savoir penser le geste avant de le poser, la parole avant de la dire, chasse le mal et permet au bien de conserver sa place au sein d’une équipe de travail.


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