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Le 4août dernier, deux explosions ont dévasté le port de Beyrouth et une grande partie du territoire de la capitale libanaise. Selon un récent bilan, au moins 177personnes ont péri, plus de 6000 ont été blessées et environ 300000 se retrouvent à la rue. En réponse à cette tragédie, le mouvement de contestation de l’automne2019 semble avoir trouvé son second souffle. Le peuple réclame une réforme politique complète. 

Par Josiane Demers 

 

Contexte historique 

La souveraineté du Liban est officiellement reconnue le 3janvier 1944. Le journaliste libanais Habib Battah explique que le pays est depuis dans «un état de guerre constant. Malgré un compromis signé entre les leaders religieux et ethniques du pays suite à l’indépendance, l’affluence de réfugiés palestiniens exacerbe les conflits entre les chrétiens et les musulmans.» Une guerre civile éclate en 1975 et s’étire jusqu’en 1990.  

Cet état conflictuel permanent ne permet pas à la nation libanaise de construire une infrastructure et une économie étatique solide. Monsieur Battah soutient que le Liban semble dépourvu d’une réelle «vision nationale». Depuis 1990, le pays tente, en vain, de se remettre sur pied. Plusieurs régions sont toujours en conflit, notamment le sud avec Israël, et l’économie est désastreuse 

Gouffre économique et politique 

Le Liban fait présentement face à la pire crise économique de son histoire. La pénurie d’eau potable, d’électricité et d’infrastructures adéquates pousse le peuple à se questionner sur l’utilisation de ses impôts ainsi que de l’aide internationale. Selon des données du fonds monétaire mondial (FMI) de 2019, le Liban est le troisième pays le plus endetté au monde soit à 151% de son produit intérieur brut (PIB).  

Avant l’urgence sanitaire causée par la COVID-19, le pays avait un taux de chômage de 20% et 35% de sa population vivait sous le seuil de la pauvreté. Plusieurs analystes économiques s’entendent pour dire que le coronavirus aurait fait augmenter le taux de chômage à approximativement 50%. Les jeunes, ayant bénéficié d’une bonne éducation et souvent polyglottes, quittent le Liban pour s’établir ailleurs, car ils sont incapables d’imaginer un avenir prospère dans leur propre pays.  

Le système politique libanais est un Régime Confessionnal, c’est-à-dire basé sur la religion. La traductrice et journaliste Rania Massoud explique qu’il comprend un président chrétien, un premier ministre sunnite et un chef de parlement chiite. Cette structure politique oligarchique est majoritairement composée d’anciens militaires et de leaders communautaires qui semblent travailler pour leurs propres intérêts au détriment de leur population. Il est important de souligner l’influence étroite du Hezbollah sur une partie du système actuel. Selon l’organisme Transparency International, en 2018 le Liban se classait 138e sur 180 dans la liste des pays les plus corrompus.  

Tous unis en 2019 

En 2005, le peuple était descendu dans les rues suite à l’assassinat du Président Rafic Hariri. Il en est résulté le retrait des troupes syriennes au Liban. Par contre, les différents groupes étaient toujours idéologiquement divisés à l’issue de ce mouvement. De plus, les contestations semblaient plutôt centralisées à Beyrouth. Les manifestations qui ont commencé le 17octobre 2019 se distinguent, car elles ont lieu partout au pays et accueillent des gens de toutes les confessions. Ce mouvement populaire revendique la chute du Régime Confessionnal. La population croit que la création d’un nouveau système politique, où la religion n’influence pas les décisions, représente la seule chance pour le pays d’éviter le précipice qui le guette actuellement.  

L’élément déclencheur du mouvement a été l’annonce du gouvernement de Saad Hariri d’une nouvelle taxation sur les appels de messagerie Whatsapp, application normalement gratuite. Cette législation servirait à rembourser la dette nationale, comme beaucoup d’autres impôts perçus d’ailleurs. Les Libanais sont très taxés, mais ne savent pas où va leur argent. Cette proclamation fut la goutte qui a fait déborder le vase. Une gronde collective sest fait sentir. Les manifestations se sont déroulées généralement de façon pacifique. Le mouvement a semblé s’essouffler un peu avant la crise de la COVID-19.  

Le journaliste Benjamin Barthe, spécialiste du sujet, explique que le manque de préparation des manifestants et la diversité des intérêts expliquent cela. Des manifestations ont tout de même eu lieu durant le confinement dans le respect des règles de distanciation.  

Une explosion qui ravive un mouvement 

Plusieurs théories ont circulé à la suite de l’explosion au port de Beyrouth. Certains blâmaient des avions israéliens armés de missiles, d’autres référaient plutôt à une bombe. Considérant les multiples conflits dans lesquels le Liban est toujours impliqué, les hypothèses multiples étaient à prévoir. Par contre, selon Reuters, des sources fiables auraient plutôt confirmé la présence de 2750tonnes d’ammonium de nitrate à cet endroit. Un bateau russe en direction du Mozambique aurait abandonné le cargo en septembre 2013 suite à des problèmes techniques et financiers. La cargaison déplacée dans un hangar n’aurait pas fait l’objet de vérification d’experts depuis. En juin 2020, un juge a ordonné la restauration du bâtiment où se trouvaient les explosifs. Pendant les travaux, une étincelle s’est déposée sur des feux d’artifice. Le tout a pris feu et s’est propagé pour causer la catastrophe du 4août 2020.  

Le gouvernement est alors accusé de négligence par la population et admet ses torts publiquement. Néanmoins, cette tragédie n’est pas un évènement isolé. C’est le résultat de décennies de corruption et de négligence. Ainsi, plusieurs acteurs de la communauté internationale, telle que la France par le biais du Président Macron, réclament une enquête internationale et une réforme du système politique. Le président libanais Michel Aoun refuse l’idée d’une enquête, sous prétexte que cela «déraillerait la vérité».  

Les manifestations ont donc repris. Quatre ministres ont démissionné, mais cela n’a pas suffi. Les démonstrations populaires éclataient encore. Le 10août, 6jours après l’explosion, le premier ministre libanais Hassan Diab, cédant aux revendications de la rue, a annoncé la démission de son gouvernement.  

Le combat n’est pas terminé, car ce gouvernement ne représente pas l’entièreté du parlement. Le peuple réclame une réforme complète. La communauté internationale se range du côté du peuple et signifie officiellement ne plus faire confiance aux dirigeants libanais actuels. 

 

 

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