Par Alexandre Cadieux

Le mois d’octobre s’est montré digne de l’année 2020. Il semblerait que les conflits sociaux soient toujours aussi vifs que jamais. Après la décapitation d’un enseignant à Paris, c’est une enseignante de l’Université d’Ottawa qui fut la cible de commentaires haineux et violents puisqu’elle avait utilisé le mot débutant par la lettre « N », à connotation raciste lors de son cours.

Ce conflit a apporté le projecteur sur le rôle moderne des institutions d’éducation au Canada. Le cadre professoral universitaire bénéficie de la liberté d’enseignement. Ceci signifie vulgairement qu’il possède carte blanche dans sa démarche pédagogique. Ce droit, qui est directement inspiré de la liberté d’expression, semble de plus en plus difficile à garantir dans les établissements scolaires dits d’éducation « supérieure ».

L’art de la complaisance

Ces dernières années, plusieurs critiques et préoccupations sont rapportées par des enseignants et enseignantes qui se disent de plus en plus censurés. Lors d’une entrevue accordée à Radio-Canada, plusieurs ont affirmé retirer désormais certains contenus ou expressions de leur cours, pour éviter de blesser les individus sensibles à certains enjeux ou sujets. Certains ont également dénoncé le manque de soutien des administrations universitaires. Le mode de gestion des universités au Canada est de plus en plus axé sur le clientélisme plutôt que sur l’indépendance de la pédagogie. La promotion du dialogue, la confrontation d’idée et de l’ouverture d’esprit, vis-à-vis une opinion différente, sont de plus en plus mises de côté pour un discours fade et gris qui doit plaire à tous, mais qui manquera de susciter de réelles réflexions.

Cette attitude des institutions académiques est beaucoup plus préoccupante qu’un mot utilisé dans un contexte d’apprentissage. À mon sens, le rôle de la classe intellectuelle est de promouvoir l’éducation (cela va de soi), mais elle possède également un rôle d’influenceur dans une société moderne. Son rôle va au-delà de l’enseignement de principes théoriques. Son rôle est de guider la population à travers certains conflits et de propager la raison dans le but d’aider à faire avancer un débat social.

Lynchage sur la place publique

L’attitude de l’administration de l’Université d’Ottawa, de suspendre l’enseignante face à la pression de la communauté étudiante, est beaucoup plus toxique pour la liberté d’expression canadienne que l’expression utilisée par cette enseignante. Parlons-en, de cette enseignante ! Une femme qui suspend un de ces cours pour permettre à ses élèves de manifester contre la violence policière, faite à la communauté afro-américaine, ne possède pas du tout le profil d’une personne raciste. Pourtant elle est décrite comme telle par ses étudiants et étudiantes…

L’administration de l’Université d’Ottawa s’est montrée rapidement soumise face à la colère des membres de la communauté étudiante. Désirant plaire à ses clients, elle a rapidement condamné la professeure. Par ce geste envers sa pédagogue, l’Université d’Ottawa a échoué dans son rôle de mentor sociétal. Il aurait été préférable de voir l’administration expliquer à ses étudiants revendicateurs l’importance de la mise en contexte historique. Celle-ci vient tout changer lorsqu’on utilise une expression.

Une meilleure prise en charge de ce problème par l’administration aurait permis d’éviter une telle histoire, en plus de faire avancer la réflexion des gens de ce milieu. Une réflexion sur la mise en contexte est indispensable, puisqu’évidemment, elle change tout. En tant que classe intellectuelle, c’est le rôle de l’Université d’Ottawa d’enseigner cette réflexion.

Pour la suite…

Je crois fermement que lorsque l’on aspire à accomplir des études supérieures, cela vient avec une responsabilité intellectuelle et une ouverture d’esprit. Suivre une éducation supérieure vient avec l’acceptation que certains propos peuvent nous déranger, mais ceux-ci sont toujours prononcés dans le but de nous enseigner un propos ou une réflexion sur un enjeu.

Est-ce qu’il est possible d’enseigner sans utiliser de tels propos ? Je crois que oui. Cependant, si des propos plus dérangeants sont utilisés en contexte académique, je suis convaincu que c’est de la responsabilité de l’étudiant de faire preuve d’une assez grande maturité et intelligence pour assister à des propos qui peuvent être dérangeants, mais nécessaires pour expliquer l’histoire ou bien traiter des conflits sociétaux et culturels.

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