Maman, sais-tu ce qu'est le sexe?

Par Catherine Foisy

L’éducation, l’éducation, un sujet chaud, un sujet indémodable prisé des campus universitaires.  Chaque année, on assistera à la démocratisation de la chose, pour que tous puissent comprendre les différents enjeux qui en découlent. Les coupures, les coupures, mais au-delà des coupures, l’ajout d’éducation sexuelle obligatoire de la maternelle au cinquième secondaire.

Maman, sais-tu ce qu’est le sexe? 

Pour ceux et celles qui ne le savaient pas encore, un nouveau contenu de cours sera ajouté sur l’ensemble des réseaux scolaires de la province, à compter de 2017.  L’éducation sexuelle, voilà ce dont il est question. Déjà implantée comme projet pilote dans une quinzaine d’établissements scolaires, l’idée sera obligatoire de la maternelle au cinquième secondaire, au même titre que les cours de français et de mathématiques. Pour l’instant, tout ce que nous savons, c’est qu’il ne s’agira pas d’un cours en soi, mais bien de notions intégrées entre deux théories de grammaire, deux cartes de géo ou encore cinquante ans d’histoire. Cette initiative serait née dans le but de prévenir les agressions sexuelles, les grossesses non désirées, la violence conjugale ainsi que les infections transmissibles par le sang ou sexuellement.

Mais qui l’enseignera? Nul ne le sait, et à l’heure où la matière se rend aux oreilles de 8200 élèves, on l’ignore toujours. Des enseignants du type polyvalent que sont ceux du primaire, aux infirmières et infirmiers, en passant par les psychologues, on s’en pose bien des questions à savoir qui aura la merveilleuse tâche de l’enseigner. Du côté des spécialistes, on ne comprend pas pourquoi on nous exclut du projet. Peut-être que de demander à des sexologues chercheurs de monter un contenu de cours serait trop dispendieux?  Il ne faudrait surtout pas contrer l’idée de coupures budgétaires. De tout façon, si on se réfère aux dires d’une porte-parole du ministère, Esther Chouinard, nul besoin d’un enseignant de haut niveau pour l’enseigner. Parce qu’après tout, on le sait bien, ça s’enseigne facilement ces choses-là.

Bien, ces choses-là, ça s’enseigne facilement au petit garçon d’ici dont les parents sont ultra ouverts et présents. Mais en réalité, nous n’avons pas tous des parents aussi cools. Peut-être que dans certains ménages, les parents n’ont pas envie que leurs enfants apprennent les différentes pratiques sexuelles à l’école. Et si ça posait problème dans certaines cultures? (Attention, pas de débat de charte ici, on a passé à autre chose depuis longtemps.)

D’autre part, on se rappelle que le projet a été testé en Ontario, et que la controverse a rapidement grimpé dans les rideaux. Les parents, inquiets de voir les jeunes oreilles de leur progéniture se voir ensorcelées, avaient rapidement tenté de trouver une solution. La réponse du ministère consistait à leur dire qu’ils n’avaient qu’à enlever leurs enfants des classes, avec plus de diplomatie, vous comprendrez.  Ce qui était possible en Ontario ne l’est pas au Québec, pour la simple et bonne raison que ce ne sera pas un cours en tant que tel. Il deviendrait difficile de gérer les entrées et sorties en fonction des valeurs culturelles de tous et chacun. Pascal Ouellet, un autre porte-parole du ministère de l’éducation, a d’ailleurs affirmé qu’il n’y aurait aucune exemption permise à ces parties de cours.

Puis ce que j’en pense? Bien ça, ça n’a pas trop d’importance, je suis maintenant à l’université de toute manière, ça ne me concerne pas (aucun sarcasme). Je me souviens simplement de cet après-midi, où il faisait tellement chaud que notre enseignante avait décidé de nous faire la classe à l’extérieur, sur la colline qui, à l’époque, était une « montagne ». Ce petit moment avait été interrompu par l’infirmière qui nous avait séparé en deux groupes, les filles d’un côté, puis les garçons de l’autre. Les filles d’abord s’étaient avancées pour la suivre à l’intérieur de l’école primaire. Au fond de la bibliothèque, celle-ci nous avait ouvert une porte qui donnait sur un petit local dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce moment précis. Là, elle avait sorti une banane, et je vous laisse imaginer le reste. Ce fruit qui était à l’époque un symbole de pureté dans ma tête, faisant partie du groupe alimentaire des fruits et légumes, avait perdu son côté angélique.

Le soir, j’étais rentrée à la maison, et j’avais demandé à ma mère: Maman, sais-tu ce qu’est le sexe?

Peut-être que cette nouvelle approche permettra à plusieurs jeunes filles et jeunes garçons d’éviter de poser cette question. Peut-être qu’au contraire, cette question deviendra l’interrogation phare de cette génération, une génération d’enfants issus de la réforme en matière d’éducation sexuelle.

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