Par Jacob Desrosiers 

Le 11 juillet dernier s’est déroulé à Cuba un événement déjà dépeint dans les médias comme historique, soit la tenue de manifestations de masse dans plusieurs grandes villes cubaines contre le gouvernement de Miguel Díaz-Canel. Pour plusieurs, ces manifestations sont survenues un peu subitement et il peut être difficile de bien comprendre le comment et le pourquoi derrière ces démonstrations.  

Le contexte  

Pour commencer, l’île de Cuba est l’un des derniers bastions du communisme de l’ère moderne aux côtés d’autres nations tels le Laos, le Vietnam ou la Chine. C’est ainsi depuis le 1er janvier 1959, date à laquelle une armée de révolutionnaires s’est emparée du pouvoir en renversant le dictateur Fulgencio Batista. Parmi ces révolutionnaires figuraient le futur premier ministre, puis chef d’État, Fidel Castro, son frère Raul Castro ainsi qu’Ernesto «Che» Guevara. 

Depuis, la politique cubaine est dominée par un seul parti : le Parti communiste de Cuba, en accord avec le principe d’un parti unique duquel émane l’État en soi. D’ailleurs, l’État est présent dans toutes les sphères de la société cubaine : autant dans l’économie que dans les médias consommés par le peuple.  

Cela dit, depuis longtemps, l’économie cubaine vit de grandes difficultés qui n’ont été qu’exacerbées par la COVID-19. Résultat : des inégalités socio-économiques plus prononcées que jamais. Alors que la plupart des gens meurent de faim à cause d’une constante inflation des prix et parce qu’ils sont confrontés à d’interminables pannes de courant en pleine canicule, l’élite, elle, vit la belle vie.  

La pandémie a mis le feu aux poudres puisque Cuba est aux prises avec une pénurie de vaccins et de médicaments alors que les cas de COVID-19 augmentent de façon alarmante.  

C’est dans ce contexte que des milliers de Cubains ont pris d’assaut les rues de 40 villes du pays et que des manifestations se sont étendues jusqu’aux États-Unis et au Canada (notamment ici, à Sherbrooke). Des démonstrations d’une telle ampleur n’avaient pas été vues à Cuba depuis 1994, alors que l’île faisait face à une crise économique majeure provoquée par la chute de l’URSS trois ans auparavant. 

Réactions du gouvernement et de la communauté internationale  

Face à ces démonstrations populaires, le gouvernement de Miguel Díaz-Canel s’est retrouvé déstabilisé. De telles manifestations n’avaient pas été vues depuis plus de 25 ans, ce qui représente un immense défi à relever pour le tout premier leader à ne pas s’appeler Castro depuis 1959. 

Rapidement, en plus des forces de l’ordre qui dissipent la foule, Díaz-Canel fait appel à tous les supporteurs de son gouvernement pour combattre les manifestants. Plusieurs vidéos captées dans le feu de l’action ont rapidement circulé sur le web afin de dénoncer l’usage abusif de force par la police. 

Afin d’empêcher lesdites vidéos de circuler sur le net, et de convaincre certains de potentiellement se joindre aux manifestants, l’État a décidé de restreindre l’accès aux réseaux sociaux, voire à l’internet dans certains cas.  

Environ une semaine plus tard, afin de tenter de contenir les effets potentiels de ces événements, le gouvernement a décidé d’organiser un important rallye prorégime au cours duquel il a exhibé fièrement les plus importants symboles de la révolution cubaine. On pouvait donc y voir, entre autres choses, des portraits de Fidel Castro et de Che Guevara, le drapeau du Parti communiste et la présence de Raul Castro. Le gouvernement en a également profité pour mettre en marche une habile stratégie de désinformation au sujet des motifs derrière les événements du 11 juillet. 

Si Díaz-Canel affirmait initialement que les manifestants étaient des supporteurs communistes confus, il a ensuite affirmé que ces derniers sont des délinquants et des individus en faveur d’une invasion américaine du pays. Il en a également profité pour appeler les Cubains à s’unir sous le Parti et à ne pas succomber à la haine du gouvernement cubain partagée par les Américains sur les réseaux sociaux. Depuis, bon nombre de manifestants et de journalistes ont été arrêtés pour leur implication dans les événements du 11 juillet dernier et quelques-uns d’entre eux ont même déjà reçu leurs sentences. 

À l’international, plusieurs États se sont portés en faveur de la cause des manifestants tout en condamnant la réponse violente du gouvernement, notamment le Chili, les États-Unis, le Brésil, le Pérou et le Canada. D’autres, tels que la Chine, la Corée du Nord, le Venezuela et le Vietnam ont quant à eux accordé leur soutien au gouvernement cubain puisque les manifestations sont, à leur avis, le résultat de conditions causées d’abord et avant tout par l’embargo américain qui est en place depuis 1962. 

Les manifestations et l’avenir de Cuba 

Depuis la tenue de ces manifestations, il n’est pas rare, dans les publications, de voir des journalistes se poser la question à savoir si ces événements symbolisent le début de la fin pour le régime communiste à Cuba. De telles questions sont absolument légitimes puisque la chute de plusieurs régimes autoritaires s’est amorcée de cette façon. Le cas de la Libye lors du Printemps arabe, en 2011, en est d’ailleurs un excellent exemple. Est-ce cependant ce qui est en train de se produire à Cuba?  

Selon le professeur Michael Bustamante de la Florida International Universityil faut faire preuve de précaution avant de présumer que les événements du 11 juillet dernier représentent bel et bien le début de la fin du règne du communisme sur ce territoire. L’ancien analyste pour le ministère des Affaires internes de Cuba Arturo López-Levy renchérit sur ce point en affirmant que, selon lui, il est peu probable que les manifestations provoquent des changements politiques majeurs à court terme. Il ajoute cependant que ces dernières mettent de la pression sur le gouvernement afin d’instaurer des réformes majeures aux niveaux économique et politique. 

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