Marche sherbrookoise dans le cadre de la Journée internationale des femmes

Par Rayane Baïtiche

Le 8 mars dernier, environ 80 personnes ont marché du Cégep de Sherbrooke jusqu’à l’organisme La Parolière situé au centre-ville de Sherbrooke à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Plusieurs étudiantes et étudiants de l’Université de Sherbrooke se sont rassemblés pour la manifestation. Le journal Le Collectif a pu obtenir une entrevue avec deux d’entre eux, soit Sarah Beaudoin et William Champigny-Fortier.

De nombreuses représentantes d’organismes étaient présentes comme La Méridienne, Arrimage Estrie, La Parolière, ConcertAction Femmes Estrie ou encore la campagne Ni viande ni objet. Les organismes ont été invités à prendre la parole au cours de la marche pour présenter les services qu’ils offrent ainsi que leurs revendications politiques et sociales pour les droits des femmes.

Les motivations qui poussent les étudiant(e)s à manifester pour les droits des femmes

Au Québec, le droit des femmes n’est pas assez évolué. Il y a beaucoup d’enjeux comme les écarts salariaux, la revendication de stages rémunérés dans les milieux traditionnellement occupés par les femmes et la dénonciation des violences sexuelles par l’intermédiaire de mouvements sociaux tels que #MoiAussi, #Consensus, #EtMaintenant. Selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), l’écart salarial, en 2016, était de plus de 20 % entre les hommes et les femmes. Sarah Beaudoin croit qu’il est essentiel de se mobiliser et de montrer que les femmes ont encore des revendications à faire. William Champigny-Fortier pense avoir un devoir de solidarité en tant qu’homme, et qu’il est important de faire entendre la voix des femmes dans l’espace public pour faire valoir leurs droits. Sarah relève qu’il y a beaucoup d’injustice et de discrimination envers les femmes, malgré que ce soit plus subtil qu’avant. Elle soulève que les femmes sont souvent discriminées sur leur apparence physique, alors qu’il n’y a aucun rapport avec leurs compétences. Elle ajoute qu’il faut considérer le féminisme intersectionnel, qui considère les intersections des oppressions. Ainsi, une femme d’une autre ethnie (autochtone, noire, arabe, etc.) et qui fait partie de la communauté LGBTQ + est plus discriminée. Le féminisme intersectionnel est une promesse d’inclusion qui a au cœur de ses luttes les enjeux d’ethnie et de genre.

La dénonciation des violences sexuelles : #MeToo et Ni viande ni objet

William considère que le mouvement #MeToo requiert du courage de la part des victimes pour assumer de dénoncer publiquement les agressions sexuelles. Ce mouvement permet aussi aux hommes d’examiner des éléments dans leur passé ou dans leurs vies. La honte change de camp petit à petit et n’est plus nécessairement portée par la victime d’agression sexuelle. Sarah rappelle qu’il est important de respecter le choix de chacune de dénoncer ou non et de choisir comment le faire. Il y en a, par exemple, qui décident d’aller en psychothérapie au lieu d’aller dénoncer leurs agresseurs en justice. William illustre que l’idée que le système de justice n’est pas approprié pour répondre aux dénonciations des victimes montre que le droit actuellement n’est pas construit pour être adapté à cette situation-là. Les victimes avaient, en effet, des difficultés à suivre les procédures de dénonciation. Le mouvement social et politique #MeToo brise ce formalisme et les carcans qu’on avait avant.

La campagne Ni viande ni objet, lancé à Sherbrooke en septembre 2016, dénonce les violences à caractère sexuel. Il s’agit d’une initiative du Cégep de Sherbrooke ainsi que de son association étudiante. Cette campagne vise à promouvoir des comportements respectueux et consentants pour de saines relations égalitaires. Ni viande ni objet démystifie, par ailleurs, les concepts d’objectivation du corps, de pornographie, d’hypersexualisation, de culture du viol et de cyber harcèlement. L’Université de Sherbrooke est solidaire avec la campagne pour favoriser une communauté étudiante exempte de violences sexuelles.

La discrimination dans la rémunération des stages

William dénonce cette violence de classes sexistes. En effet, les stages qui sont bien rémunérés sont souvent dans des domaines qui sont traditionnellement occupés par plus d’hommes tandis que dans les domaines où il y a une majorité de femmes comme en travail social, en éducation, ou encore en soins infirmiers, ce sont des stages qui sont non rémunérés. Les femmes sont particulièrement touchées par cette injustice. En novembre dernier, des étudiantes et des étudiants avaient manifesté pour la rémunération de tous les stages devant le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale à Montréal.

Développement d’une image corporelle positive dans la société

« Oui, à l’amour de soi » criait une représentante d’Arrimage Estrie, un organisme d’action communautaire autonome qui offre des groupes de soutien aux femmes qui ont un trouble du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie, orthorexie, bigorexie, etc.) et qui ont des préoccupations importantes envers leurs corps, leur poids, leur apparence physique ou une obsession de la minceur. Cet organisme lutte notamment contre l’utilisation du corps comme outil de marchandisation, valorise la diversité corporelle, sensibilise la population à l’importance d’une image corporelle positive et favorise l’appropriation de son corps et l’acceptation de soi en privilégiant une approche féministe. « Les études démontrent que nous sommes exposés en moyenne à 3000 publicités par jour. Nous sommes sans cesse bombardés par des images qui sont irréalistes, qui laissent croire aux femmes que leur corps n’est pas correct et qu’il pourrait être mieux. Les médias nous laissent croire que ce qu’on est ce n’est pas suffisant et que le bonheur est accessible lorsqu’on correspond aux stéréotypes de beauté et au modèle », affirmait la représentante d’Arrimage Estrie. La pression sociale joue un rôle majeur dans cette insatisfaction corporelle. L’organisme affirme qu’il est temps de dire non à la pression exercée sur les femmes, de mettre fin au régime ainsi qu’à toutes les modifications que les femmes subissent sur leur corps pour se sentir mieux. L’heure est venue d’apprendre à s’aimer, à s’accepter pour qui on est dans toute notre unicité et à avoir une relation saine envers son corps, son poids et son alimentation.

Les femmes victimes de violence conjugale

Une intervenante à la maison d’aide et d’hébergement La Méridienne pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants a affirmé qu’il est crucial de continuer de sensibiliser la population à la responsabilisation de leurs agresseurs. Il faut cesser de blâmer les femmes victimes pour les violences faites par leurs agresseurs : « C'est comme de leur dire : tu avais juste à l’écouter, pourquoi es-tu resté si longtemps avec ton conjoint quand tu savais qu’il était violent, si tu portes plainte il pourrait perdre son travail, tu pourrais détruire sa vie. » Ce sont des phrases que les femmes ont déjà trop entendues et qui les responsabilisent. La violence conjugale et les violences sexuelles ne sont pas des problèmes individuels, mais plutôt des problèmes sociaux. Il est temps de construire un discours qui réitère aux hommes qu’ils ne peuvent en aucun cas utiliser la violence pour contrôler leur partenaire. Il est temps d’arrêter de banaliser socialement la violence conjugale. La Méridienne, inaugurée en 1989, a pour mission d’offrir aux femmes victimes de violence conjugale et à leurs enfants un milieu de vie sécuritaire et accueillant ainsi que plusieurs services, dont le but premier est de permettre aux femmes de reprendre contrôle sur leurs vies. Il est important de déculpabiliser les femmes et à travailler à ce que la responsabilisation revienne à l’agresseur et non pas à la femme.

Fonds récoltés pour l’organisme La Parolière par la vente de tuque pussyhats

Le comité femme du Cégep de Sherbrooke a organisé une vente de tuques pussyhats pour amasser des fonds pour l’organisme La Parolière. À la fin de la marche, 782,70 $ ont été remis à l’organisme. Ces tuques de laine arborant deux petits triangles ont été confectionnées dans le but d’avoir un symbole rassembleur et de féminité. Le nom pussyhats permet aux femmes de se réapproprier le mot pussy et de reprendre un contrôle sur leur corps surtout suite aux propos du président des États-Unis, Trump, qui avait affirmé : « grab them by the pussy ». Cet argent va permettre à plus de femmes de venir chercher du soutien et de l’accompagnement. La Parolière est un centre pour les femmes dont la mission est d’aider et d’accompagner chacune d’elle afin de pouvoir découvrir leur plein potentiel, s’appuyer sur leurs forces et relever les défis qui se présentent dans leurs vies. Il y a des ateliers, des conférences, des groupes de soutien, de la relation d’aide, des activités de tricot, du yoga, de la méditation, des groupes d’écriture, de lecture, etc. Ce sont des activités qui permettent de se retrouver entre femmes, d’avoir un lieu de ressourcement, de briser l’isolement et de créer un sentiment d’appartenance au sein d’un groupe.


Crédit Photo @ Rayane Baïtiche

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