Martineau c. Étudiants / Qui croire?

Journal de Montreal-credits Qu’importent les raisons qui poussent certains de nos camarades dans les rues, le réveil de la mobilisation étudiante a ressuscité bien plus que les éprouvants affrontements idéologiques entre amis d’enfance. Pour la population étudiante, c’est le retour de Martineau qui ressurgit, plus véhément que jamais.

Par Rodrigue Turgeon

Les 28 et 29 mars derniers, l’équipe du Collectif rejoignait les autres journaux universitaires membres de la Presse étudiante francophone (PrEF) dans les locaux du journal La Rotonde, à Ottawa. Loin de moi l’idée de mener l’apologie de la PrEF, je vous invite plutôt à constater que les journaux universitaires sont aptes à rendre compte de l’actualité québécoise.

Nous vous proposons donc de comparer par vous-mêmes deux articles portant sur le même thème. Un de Martineau. Un d’un journal tenu « par des étudiants ». Deux articles divergents. Tant au niveau de la forme et du fond que de l’approche.

Concernant la procédure de sélection

Nous avons parcouru l’ensemble du fil de presse de la PrEF pour vous présenter un article n’émanant pas de notre propre journal. L’article choisi provient d’Impact Campus, le journal de l’Université Laval. Nous avons averti nos collègues de notre sélection qu’après sa publication. Ainsi, les sources biaises devraient être réduites au maximum.

Comme les chroniques de Richard Martineau portant sur la mouvance étudiante tournent sensiblement autour du même axe, notre dévolu s’est jeté sur une rédaction située dans la même période que l’article d’Impact Campus. La césure est la conséquence d’un pur manque d’espace. À notre sens, elle ne porte pas atteinte au fond de son message, mais nous vous invitons tout de même à le consulter en entier si cela ne savait vous suffire.

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28 mars 2015

Le Journal de Montréal

Lettre à un jeune manifestant

Par Richard Martineau

Ainsi, tu as décidé de descendre dans la rue et de confronter les policiers pour manifester ton désaccord avec les politiques du gouvernement.

Parfait.

Je ne partage ni ta colère ni ton diagnostic, mais on est dans un pays libre.

[…]

IMPLIQUE-TOI !

Aide à sortir Québec solidaire de la marge où il semble confiné.

Va à leurs réunions. Fais du porte-à-porte. Vends des cartes de membre. Implique-toi.

Après tout, on ne parle pas ici d’un parti underground qui est obligé de tenir des réunions en secret pour se protéger de la police, mais d’une formation en bonne et due forme, qui a pignon sur rue et un numéro de téléphone dans le bottin (1 866 278-9014).

Tu rêves d’un Québec plus à gauche? Parfait. Cesse de scander des slogans dans la rue, et mets l’épaule à la roue.

Françoise David et Manon Massé t’attendent. (Amir Khadir, par contre, préfère que tu te fasses matraquer par la police, il trouve ça plus cinématographique, plus spectaculaire... C’est un grand romantique et ça lui rappelle sa jeunesse révolutionnaire.)

Oh, je sais, militer dans un parti est plus long, plus fastidieux et moins excitant que de confronter des flics en criant: «Un bon policier est un policier mort!»

Mais pose-toi la question.

Quelles sont tes motivations? Veux-tu vivre un trip personnel ou veux-tu changer réellement ta société?

Dans les dictatures, les vrais changements s’effectuent dans la rue.

Dans les démocraties, ils s’effectuent sur la scène politique.

C’EST TON CHOIX

Tu sais à quoi rêvent les activistes, dans les pays totalitaires? De pouvoir militer dans un parti reconnu, de faire avancer leurs idées en toute sécurité, sans craindre la prison, l’hôpital ou la morgue.

Un vote à la fois.

Eh bien, tu as ce luxe, toi. Tu peux le faire. Personne ne t’en empêche.

Pourquoi ne le fais-tu pas?

Qui sait, peut-être que tu te fous de changer vraiment les choses.

Peut-être ne penses-tu qu’à vivre des expériences. Avant de te ranger.

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31 mars 2015

Impact Campus (journal des étudiants de l’Université Laval)

Battre le pavé contre l’austérité

Par Margaud Castadère-Aycoberry

D’arrestations massives aux gaz lacrymogènes en passant par une marche familiale, la semaine dernière a vu défiler trois manifestations contre l’austérité, essentiellement étudiantes. Retour sur une semaine de manifs.

274 arrestations, 3 tirs de gaz lacrymogènes, une poignée de blessés et des centaines de personnes qui battent le pavé. C’est un premier bilan de cette dernière semaine de manifestations qui marque également le début du mouvement étudiant et social du « printemps 2015 ».

Mardi 24 mars, la première manifestation de nuit s’est soldée par deux arrestations massives. Au total, la police de Québec a interpelé 274 personnes ce soir-là, marquant la plus grosse arrestation massive de la Ville en une journée.

Camille Godbout, porte-parole de l’ASSÉ, s’indigne face à de telles interventions : « Les arrestations de masse, c’est une pratique qui est décriée par des organisations internationales. Nous allons continuer à déplorer la brutalité policière qu’il y a eu mardi dernier, alors qu’on a vu des gens mordus par des chiens ou brutalisés à coups de matraque. »

Certaines critiques reprochent aux manifestants de ne pas avoir préalablement dévoilé leur itinéraire à la police. Ce à quoi Camille Godbout répond : « L’itinéraire n’est pas une condition sine qua non au droit de manifester, bien au contraire. Le but d’une manifestation, c’est de déranger. »

Brutalité policière

La manifestation du jeudi 26 mars a marqué un tournant dans le déploiement policier. Alors que le rassemblement organisé par l’ASSÉ en marge du dépôt du budget battait son plein, la tension est montée entre la police et les manifestants. Une étudiante du Cégep Garneau, Naomie Tremblay-Trudeau, a reçu un tir de gaz lacrymogène au niveau du visage. Rencontrée lors de la manifestation pacifique du dimanche 29 mars, celle-ci assure qu’elle continuera à manifester jusqu’au bout : « J’ai une cause à défendre. […] C’est sûr que j’ai un peu peur. Je n’irai peut-être plus au front. Mais, je vais être là et je vais manifester. »

Dans une ambiance familiale, la manifestation de dimanche a réuni elle aussi quelques centaines de personnes. « On s’est dit qu’il fallait une manif familiale après les événements de mardi et jeudi, déclare Émile, étudiant au Cégep Garneau et membre du comité organisateur de la manif. […] Donc, on s’est dit qu’il fallait enlever la peur de marcher dans la rue en se rassemblant tous ensemble aujourd’hui. »

« C’est normal d’avoir peur après ce qu’il s’est passé. C’est pourquoi on a déclaré notre itinéraire, pour rassembler les familles et enlever la peur de manifester », poursuit-il.

Manifestation du 2 avril

Une manifestation nationale se tiendra jeudi prochain à Montréal. Organisée par l’ASSÉ, elle regroupera plusieurs milliers de personnes. « Le 2 avril prochain, c’est un ultimatum qu’on lance au gouvernement, déclare Camille Godbout en point de presse. […] Le gouvernement fait une déclaration de guerre au milieu de l’éducation en effectuant les pires compressions depuis 20 ans. Et le 2 avril prochain va être aussi le déclencheur d’un mouvement social au Québec qui va aller outre la question étudiante. »

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