Mi-session culturelle et parlementaire

societe-editoLa mi-session ne correspond pas vraiment au moment où la notion de « culture » me vient à l’esprit : temps restreint pour parcourir le journal et pour me plonger dans un nouveau roman, vieille musique jouée en boucle, délaissement quasi total de la télévision et abandon bien malgré moi du cinéma.

Par Mikaëlle Tourigny

Je pourrais vous révéler mon dernier coup de cœur littéraire ( Le Joueur, Dostoïevski), vous prévenir que le film The Drop ne vaut vraiment pas le détour - oui, même si Tom Hardy y détient le rôle principal - ou vous remémorer qu’Alt-J performe au Métropolis le 12 novembre prochain, mais je n’estime pas que tout cela outrepasse la situation qui chamboule actuellement la sphère politique au Québec. Évidemment, j’introduis ici la plus que probable candidature de Pierre-Karl Péladeau (PKP) à la chefferie du Parti Québécois. Enjeu de société où l’on craint une forte diminution, voire une perte de l’indépendance journalistique et du droit du public à l’information, cette controverse touche inéluctablement notre vie culturelle.

En occident, le Québec s’inscrit parmi les endroits où l’on retrouve le plus haut taux de concentration de la propriété et de convergence médiatique. Oui, Québecor totalise plus de 15 000 emplois et fait rouler l’économie. Oui, le conglomérat est en partie la possession de tous les Québécois par la Caisse de dépôt et placement du Québec qui investit, à l’été 2000, 3,2 milliards de dollars permettant à Québecor de s’emparer de Vidéotron et de TVA. Le danger, c’est qu’à ce jour, Québécor Media prédomine le marché de l’information québécois en accaparant environ 40% de sa totalité. Si certains croyaient que le taux de la concentration et de la convergence était saturé par chez nous, imaginez ce qu’un éventuel premier ministre Péladeau pourrait détenir comme emprise sur l’information diffusée...

Un petit rappel du pouvoir médiatique de Québecor, ce géant tentaculaire, saura illustrer mon propos.

Exemple facile ? Star Académie. Il va sans dire que ce concept est fondamentalement bon : on offre à des gens comme vous et moi la chance d’accéder à la gloire, d’enfin faire partie de ce showbizz idolâtré dont ils rêvent depuis des lustres ! Au minimum, on prodigue à ces artistes la visibilité nécessaire pour prendre leur envol. L’émission enclenche une frénésie économique, valorise les talents québécois, pousse les artistes à dévoiler ainsi qu’à exploiter leur potentiel et incite le public à passer de spectateur à spectacle en soi. Le phénomène crée un engouement, des rapatriements à la machine à café ; ça papote à propos de l’élimination de la veille. Bref, beaucoup de positif découle de Star Académie.

Toutefois, ne négligeons pas les faits.

Cette téléréalité, diffusée sur les ondes de TVA, produite et animée par nulle autre que la femme de PKP, Julie Snyder, se voit fréquemment allouer une place considérable parmi les sujets chauds du Journal de Montréal et du Journal de Québec. De plus, les vedettes de Star Académie occupent de façon régulière les pages couvertures des magazines de Québecor, entre autres le 7 jourset La Semaine. Plus tard, le Groupe Livre Québecor Media publiera certainement les autobiographies de ces mêmes célébrités et les vendra chez Archambault, propriété de Québecor; la totalité de ces publications sera imprimée dans ses usines et transportée sous la même étiquette. Évidemment, les étoiles mises au monde grâce à Star Académie chantent sur des albums produits par Québecor et vendus chez Archambault. Leurs hits rythment les publicités des téléromans de TVA. Au final, à quels endroits la troupe présentera-t-elle ses spectacles? Un peu partout à travers la province, oui, mais aussi fort probablement dans le controversé Colisée Pepsi… Sans parler des fameux Studio Mel’s, lesquels Québécor tente d’acquérir avec l’appui douteux de PKP.

Comme vous pouvez le constater, le phénomène est dommageable pour la diversité de l’information culturelle. C’est pour cette raison que certains se détachent des médias grand public : on y remâche partout la même information, rarement la plus pertinente, afin de générer des profits. Quelles répercussions entraînerait l’élection de Pierre-Karl Péladeau sur le contenu de l’information culturelle, sachant que Québecor favorise en général le sensationnalisme ou le voyeurisme dans ses productions ? Est-ce que placer les actions de PKP dans une fiducie sans droit de regard s’avèrera une solution efficace, complètement réalisée dans les règles? J’en doute… et vous?

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