La mince ligne rouge

Par Lucas Bellemare

Barack Obama avait déterminé l'utilisation des armes chimiques par le gouvernement de Bachar al-Assad comme la mince ligne rouge à ne pas franchir. Quand le moment était venu de passer des paroles aux actes à l'été 2013, l'ancien président démocrate préféra laisser la question entre les mains du Congrès. Donald Trump n'a pas suivi le même chemin.

Dans la nuit du jeudi 6 avril 2017, le président des États-Unis a ordonné la frappe de 59 missiles tomahawks sur la base aérienne de Shayrat, contrôlée par le gouvernement syrien. Si le nombre de morts est difficile à déterminer, un communiqué lu par la télévision d'État syrienne recense six morts, plusieurs blessés et d'importants dégâts matériels. Il s'agit de la parole même de Trump d'une réponse envers l'utilisation d'armes chimiques lors du bombardement le 4 avril de la localité de Khan Cheikhoun, située dans le nord-ouest du pays, et qui aurait fait 100 morts et 400 intoxiqués selon Radio-Canada. La base aérienne en question aurait servi de plateforme pour ledit bombardement. Selon Washington D.C, il ne fait aucun doute que le régime al-Assad et non les rebelles a utilisé ces armes chimiques. D'ailleurs, le 11 avril, les autorités turques confirment que du gaz sarin a été lâché le 4 avril, même s'il n'existe aucune preuve formelle accusant le régime syrien comme responsable de son utilisation. Les autorités américaines ont aussi spécifié que d'autres attaques de ce genre pourraient avoir lieu dans le futur.

Alors que le président Trump sortait d'une douloureuse confrontation avec le Congrès concernant sa réforme du système de santé, les républicains et démocrates en général saluent l'initiative. Les représentants des principaux partis politiques aux États-Unis sont en accord avec la décision, mais avertissent déjà la nécessité d'établir une stratégie globale sur la question. La plupart des pays occidentaux, en plus d'Israël, de l'Arabie saoudite et du Japon, soutiennent les États-Unis. Face à eux, le régime syrien, l'Iran et la Russie dénoncent ce que Vladimir Poutine considère comme une agression d'un État souverain, une violation du droit international. De plus, certains activistes de la droite alternative aux États-Unis condamnent l'action de Trump, prétextant qu'al-Assad n'a jamais utilisé d'armes chimiques, qu'il s'agit d'un canular.

Cette action représente un revirement de situation pour Donald Trump sur le dossier de la politique extérieure. Étiqueté comme favorable à une posture plus isolationniste, le lancement de missiles sur une base aérienne syrienne permet à Trump de créer un soutien national et international autour de lui. Ceci ne règlera pas la guerre civile, mais le président montre à la planète qu'il peut et veut agir s'il le considère nécessaire.


Crédit photo © Static.politico.com

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