Moi, belle et jolie : les courbes du corset moderne

Par Roxanne Blais

Les perceptions et exigences concernant l’idéal du corps féminin ne datent pas d’hier. Passant d’une mode à l’autre, du corset au soutien-gorge, de la jupe longue au pantalon, du ventre à la maigreur maladive, cette définition relativement flexible et défaillante de ce que représente la beauté obsède la protagoniste du film américain Moi, belle et jolie. Sortie en salle depuis le 20 avril dernier, la comédie réalisée par Marc Silverstein et Abby Kohn lève le voile sur un problème de société : l’estime de soi.

Résumé

C’est l’histoire d’une jeune femme du nom de Renee Bennett (Amy Schumer) qui n’ose pas suivre ses rêves parce qu’elle ne se trouve pas suffisamment jolie. Toutes les actions qu’elle entreprend ont comme but commun de la rapprocher de la beauté idéale, parfois choquante, prônée par la société dans laquelle elle évolue puisqu’elle a le sentiment que c’est la seule clef du succès. Malheureusement, ses tentatives se montrent futiles et rien ne semble l’aider à accéder à son objectif. Ainsi, chaque échec lui donne l’impression de pédaler dans le vide à la recherche d’un concept qu’elle ne pourra jamais atteindre. En plein moment de mal-être et au comble de son désespoir, elle souhaite se voir accorder le physique parfait.

Le lendemain, elle se heurte violemment la tête et ses perceptions sur elle-même se transforment radicalement. Elle se trouve absolument sublime et est persuadée qu’elle ne revêt pas du tout le même corps, alors que rien n’a changé. Avec une assurance à toute épreuve, Renée va ainsi s’attaquer à son quotidien et le remodeler en suivant ses rêves.

Une simple question de confiance?

Le carcan d’idéologies nourrit par les blessures et le contexte social dans lequel l’individu moyen évolue au fil de sa vie influence d’une certaine façon la manière dont il se voit lui-même. Le film ne critique pas seulement la conceptualisation restreinte des apparences, mais bien la profonde façon dont la honte et le dégoût pour soi, instaurés entre autres par la comparaison aux autres, affectent le bien-être et l’interaction avec l’environnement. C’est d’endosser le corset moderne que se montrent ainsi les efforts fournis dans le but d’accéder à cette idylle. Tout le monde a des complexes, comme le démontrent ces mannequins dans l’histoire qui en sont également affligés. Finalement, cette situation touche une grande proportion d’hommes et de femmes. Elle n’a que pour effet d’isoler les gens dans leurs craintes de ne pas être acceptés et de les empêcher d’oser. Lorsque Renee change d’attitude de manière draconienne, bizarrement toutes les portes s’ouvrent devant elle et tout le monde tente de se rapprocher le plus possible de son authenticité. Le fait que Renee se comporte avec confiance sans avoir peur d’être elle-même s’avère tellement déstabilisant pour les autres personnages que ceux-ci se révèlent profondément ébranlés.

L’image vs la réalité : tout ne tourne pas autour de l’apparence

On assiste à un choc entre l’image de la beauté et la réalité. Ça provoque le rire, car l’on est confronté à nos propres perceptions, mais également une réflexion profonde, puisqu’au fur et à mesure que la jeune femme évolue, plus les gens s’attachent à elle et veulent même lui ressembler. Le spectateur se rend bien compte que ce qu’elle possède et incarne est beaucoup plus magnifique et vrai que le concept abstrait de la beauté extérieure. C’est la confiance et l’estime de soi qui cassent le corset et l’emprise des exigences. Ceux-ci ne font d’ailleurs que dissimuler le reflet d’une peur profonde d’être rejetée. C’est le véritable amour de soi qui brise le filtre outrageux des jugements et des critiques qu’on peut se faire à nous-mêmes.

L’œuvre pousse celui qui le regarde à aller au-delà de la première impression. Le contraste s’avère si frappant entre le personnage principal et ceux qu’elle considère comme parfaits, qu’on arrive à s’en séparer. De ce fait, l’attachement entretenu tout au long du film à Renee ne se dirige pas qu’à son apparence, mais bien à son être entier.

Ça ne tourne pas autour des apparences

Moi, belle et jolie est une excellente réalisation américaine qui démontre bien que le fait de creuser le reflet de l’aspect extérieur est superficiel. Il est intéressant de constater qu’en s’attaquant aux préjugés et aux standards, le film invite le téléspectateur à se sensibiliser à l’emprise souvent insoupçonnée qu’ont ces concepts sur sa vie. La beauté extérieure est décrite comme un leurre alimenté par des acteurs extérieurs de second plan. Enfin un film sur le sujet qui rend grâce aux différences et à l’absurdité qu’ont les remarques sévères parfois inconscientes envers soi-même! Oser être soi-même : c’est ça, la vraie beauté.


Crédit Photo @ Moi, Belle et Jolie

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