Mon octobre 70 : Comeau met les points sur les « i »

En mars dernier, VLB éditeur publiait l’œuvre Mon Octobre 70. Écrit par Robert Comeau, ancien professeur d’histoire, avec la collaboration de son ami Louis Gill, Comeau tente de remettre en perspective son implication au sein du Front de libération du Québec (FLQ) et surtout de remettre en lumière certains témoignages et informations falsifiés et parfois même faussés par l’infiltration policière. Cette œuvre soulève des points dont la pertinence est indéniable et parfois révèle des faits assez choquants de cette période tumultueuse qu’eut été La Crise d’octobre 70.

Par Simon RD

 

Cette année, ce sera le 50e anniversaire de la crise d’octobre de 1970. Le livre arrive donc « pile-poil ». L’œuvre de Robert Comeau est tout à fait captivante. En effet, bien que le récit du bouquin ne soit pas conçu de façon linéaire, l’histoire que nous livre cet « ex » révolutionnaire est indéniablement intrigante. Comeau présente une vision en macro de sa relation avec le mouvement felquiste et nous dévoile des éléments assez consternants en lien avec la manipulation policière et politique, durant les activités du FLQ, avant et pendant la crise d’octobre. De surcroît, l’historien nous en apprend beaucoup sur la commission Keable, une commission d’enquête sur les opérations policières qui, encore aujourd’hui, ne semble pas être apprise sur les bancs d’école. Cette commission avait pour but d’enquêter sur des opérations de perquisitions illégales, suite aux événements de cette crise de 1970.  

 

L’ancien professeur d’histoire nous indique brièvement les événements de la crise d’octobre, et met en lumière plusieurs faits qui traitent de son implication dans la cellule Information Viger. Il traite aussi d’un bref historique de son parcours pré-FLQ et des éléments déclencheurs qui ont mené l’homme à s’intéresser à la politique et au goût pour la révolution : Robert Comeau était engagé dans la lutte des classes sociales, pour les travailleurs et contre les exploiteurs, anciennement membre du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN). 

 

Brève mise en contexte à une époque où plusieurs sociétés dans le monde luttent pour la liberté

Né en 1963, le FLQ, qui a commencé ses activités au début des années 60 afin de lutter pour les travailleurs et contre les exploiteurs, prendra part à plusieurs enlèvements, dont celui de Pierre Laporte le 10 octobre 1970. Ce dernier était, à l’époque, ministre de l’Immigration et ministre du Travail et de la Main-d’œuvre pour le Parti libéral du Québec. Il sera ensuite assassiné par accident, quelques jours plus tard. La mort de Pierre Laporte mènera inévitablement à la crise d’octobre 70.

Les membres du FLQ voulaient entre autres la libération des prisonniers politiques et l’expatriation de certains vers l’île cubaine. Après avoir appliqué les mesures de guerre, le défunt et ancien Premier ministre du Canada, Pierre Elliot-Trudeau, à la demande de Robert Bourassa, déploiera l’armée canadienne au Québec. Les Québécois seront pris en otage par l’armée canadienne, où la bavure policière mènera à des milliers d’arrestations, d’espionnages et de perquisitions illégales. Une période bien sombre dans les relations entre le peuple québécois et le gouvernement canadien. 



Comeau et son implication

Robert Comeau fait un état très humble et intègre de ses relations avec le FLQ et les actes qui ont entaché ce mouvement, qui se voulait révolutionnaire et d’avant-garde. Il offre aussi une honnête opinion de ce qu’était ou était devenu, selon lui, le FLQ, pour en arriver à une déstabilisation aussi indéniable. 

Par ailleurs, on remarque que l’auteur, bien qu’il crût beaucoup à ce mouvement, voyait peu à peu cette organisation comme très désorganisée. Il démontre aussi beaucoup d’humilité quant aux actions qu’ils n’auraient pas dû poser, tout en s’assurant de nous expliquer clairement les raisons par des faits historiques réels. 

L’auteur dénonce aussi certaines actions violentes qui ont été posées par le FLQ, ce qui pour lui n’était pas la manière d’arriver à une indépendance. Il fallait rassembler et non diviser. Toutefois, il dénonce aussi les actions qui ont été posées par des cellules qui se réclamaient du FLQ, mais qui, au final, étaient plutôt opérées directement ou indirectement par les forces policières. Pour en savoir plus, lisez le livre ! 



Le zèle de Carole Devault

Les sections où il est question de l’agente provocatrice Carole Devault, qui a infiltré l’une des cellules du FLQ, de laquelle Comeau faisait partie, sont de loin les passages les plus captivants. Sérieusement, la façon dont est décrite l’insistance de Mme Devault à vouloir informer les policiers, et parfois même à créer les situations, pour le simple but de créer de l’information, semble relevée d’un zèle considérable. Le livre inspire un peu le règlement de compte de l’auteur envers cette « taupe », mais soyez rassurez, c’est un règlement qui paraît très justifié après la lecture du livre.  

Comeau est très explicite sur ses relations avec elle et très intègre dans la divulgation des actions qu’il a posées et qu’il regrette. Plus important encore, Robert Comeau met les points sur les « i » d’une manière judicieuse et nous dévoile une femme qui s’est complètement transformée faussement en espionne et qui semble avoir voulu délibérément créer des événements afin d’incriminer le FLQ et surtout Comeau, pour ainsi avoir du matériel à donner aux forces policières : fausses déclarations, fausses accusations, faux alibis, etc.

 

Enfin

Mon Octobre 70 est un livre qui expose des éléments clés racontés par une personne qui a vécu les turbulences à l’intérieur du cyclone même, lors de son passage au sein du FLQ. En lisant le livre, on se rend compte à quel point les forces policières et les pouvoirs établis étaient prêts à tout pour pulvériser le mouvement social qu’eut été Le Front de libération du Québec. Voire, jusqu’à manigancer et commanditer des crimes et des méfaits tels qu’un vol de banque, par exemple… Toutefois, il est important de mentionner que dans la réflexion et le récit de Robert Comeau, des deux côtés, FLQ et forces policières ont contribué à couper le souffle à ce mouvement pour la liberté. 

Robert Comeau nous laisse sur une réflexion concernant la loi sur la laïcité récemment adoptée et, en quelque sorte, la réelle signification de ce qu’est selon lui le « vivre-ensemble ». Toutefois, force est d’admettre qu’il faut lire le livre pour en savoir plus. La raison est que, par souci de professionnalisme et pour tout le respect qu’on doit envers l’histoire et surtout la liberté, il ne serait guère honnête de paraphraser une idée aussi complexe. Bref, l’œuvre mérite d’être lue dans son entièreté et dans un esprit d’ouverture. 

Une chose qui est à retenir, selon moi, c’est que la liberté est une chose pour laquelle on ne cesse jamais de se battre. C’est un droit qu’on nous donne provisoirement. D’un moment à l’autre, dans l’histoire, on nous le reprend par petit morceau à coups de lois et de signatures, à l’ombre des regards, lentement mais sûrement. On doit alors regagner nos petits morceaux de liberté, en se battant idéologiquement, mais surtout, en gardant les yeux ouverts : « gens du pays, la lutte n’est jamais finie ». 



« À l’extrême, il n’y avait de réponse qu’extrême. À la soumission, impérialiste, que l’insoumission révolutionnaire ». — Yvan Lamonde

 

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