Par Élodie Bourget 

Le vendredi 13 mars 2020 va marquer à jamais l’histoire du Québec. Le gouvernement annonce la fermeture des écoles primaires, secondaires et universitaires en raison de l’augmentation du nombre de cas dans la province du nouveau coronavirus. Pas besoin de faire un récapitulatif des événements marquants depuis le début de cette pandémie, le premier ministre et le directeur de la santé publique s’en sont chargés en donnant rendez-vous aux Québécois et Québécoises tous les jours à 13 h. Mais au-delà des statistiques, des aînés, des finissants du secondaire, des fermetures des commerces, de la mise en place des mesures sociosanitaires, des travailleurs essentiels ou de la ruée vers le papier de toilette, il y a eu nous. Nous qui sommes à l’université. Nous qui provenons des quatre coins du Québec et de partout dans le monde. Nous qui avons aussi vu notre quotidien bouleversé. Nous qui avons besoin de dire haut et fort ce que nous pensons.

Regard sur les pensées, les réflexions, le cheminement d’étudiants de l’Université de Sherbrooke en temps de pandémie

Elle s’appelle Alicia. Avant la date fatidique du vendredi 13 mars 2020, elle poursuit l’autre moitié de sa session en communication, en deuxième année. En plus d’être à temps plein à l’université, elle travaille comme agente administrative au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Tout va bien. Au moment où le confinement s’amorce, elle décide de mettre de côté ses études pour augmenter ses heures de travail jusqu’à 35 heures semaine. Elle devient donc une travailleuse essentielle pour combattre la COVID-19.

Le contraste est alors frappant entre sa vie professionnelle et scolaire. Là où dans la première, le personnel s’adapte à chaque jour à une vitesse fulgurante pour mieux traiter les patients atteints du virus, en trouvant par exemple la bonne protection, dans la deuxième, la charge de travail reste sensiblement la même et l’accommodation s’effectue avec, disons-le, beaucoup moins de dextérité. Bref, l’incertitude qui entoure, et ce encore aujourd’hui, cette maladie vient ajouter une source de stress supplémentaire à celle engendrée par la session à distance. Mais Alicia se donne corps et âme à ces personnes âgées qu’elle côtoie quotidiennement.

Malgré les multiples changements, Alicia affirme que le confinement : elle l’a plus ou moins ressenti. En fait, cela lui a pris quelques semaines avant de réaliser cet état d’isolement que d’autres vivaient. Parce qu’elle sortait presque tous les jours pour se rendre à son emploi et qu’une fois rendue à son appartement, elle devait poursuivre ses cours, elle avait rarement le temps de ne rien faire. Seul le manque de contacts avec ses amis lui rappelait les restrictions qu’imposait le gouvernement. Son confinement n’était pas si pire. À l’appartement, l’ambiance est restée la même. Ses colocataires et elle avaient le même rythme de travail et n’étaient pas 24 heures sur 24 ensemble. Chacun avait une occupation, ce qui lui offrait une certaine normalité dans tout ce chaos.

Pourtant, début avril, un gros down l’oblige à s’arrêter un instant et à penser un peu à elle. L’annulation de son stage à Montréal durant la saison estivale de même que celui de sa session à l’étranger cet automne ont été les principaux éléments déclencheurs de cette remise en question. En effet, tous les projets qu’elle avait prévus durant une année entière venaient subitement de tomber à l’eau. Les efforts qu’elle avait mis à tout organiser vont finalement ne servir à rien. Et cette claque dans la face, Alicia l’a reçue comme un coup dans le cœur. En discutant avec sa colocataire, Alicia réalise qu’elle restait dans le bac en communication uniquement pour aller étudier à Montréal et en Suisse et qu’elle n’est finalement pas dans le bon domaine d’étude. Cette prise de conscience se fait au même moment où l’état de santé de ses patients se dégrade et qu’elle doit trouver un moyen de payer son appartement à Montréal en plus d’en chercher un autre à Sherbrooke, puisqu’elle y a son emploi. Le clash entre ça et les tâches assignées par les professeurs était frappant. Comment aurait-elle le temps et la tête d’écrire un texte sans la lettre L ?

Aujourd’hui, alors que la vie se « déconfine », Alicia se dit soulagée de pouvoir enfin retrouver sa famille et ses amis et de reprendre ses activités du quotidien. Toutefois, elle est tout de même inquiète qu’une deuxième vague surgisse et contamine de nouveau les hôpitaux et ses résidents. Mais le plus important dans tout cela, c’est que dorénavant, Alicia sait où elle s’en va. Bien qu’il y ait toujours quelques incertitudes qui persistent, la volonté d’aller vers cette voie est suffisante pour qu’à l’hiver prochain, Alicia commence une technique en soins infirmiers. Un down de confinement, c’est arrivé à plein de monde, mais la pandémie nous aura permis au moins cela : de prendre du temps pour remettre en question nos choix de vie.

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