NCAA Football: Cotton Bowl-Texas A&M vs Oklahoma

Depuis quelques mois, une question soulève les passions aux États-Unis : est-ce que les étudiants-athlètes évoluant dans la National Collegiate Athletic Association (NCAA) devraient être payés? Sont-ils des employés de leur université ou des étudiants-athlètes? La poursuite, déposée par les joueurs de l’Université Northwestern, démontre le mécontentement croissant de plusieurs athlètes.

Par Alexandre Paquette

Comment les étudiants en sont-ils venus à poursuivre la NCAA? Au fil des ans, les athlètes se sont rendu compte que le sport universitaire est une « business ». La NCAA s’est historiquement battue devant les tribunaux fédéraux américains pour que les athlètes soient reconnus comme des étudiants en premier lieu. C’est pourquoi, toujours selon la NCAA, ils devraient renoncer à des droits commerciaux en échange d’une éducation de qualité.

Toutefois, le bât blesse lorsque nous observons les décisions prises par la NCAA. Plusieurs décisions sont prises en fonction de motifs économiques qui ne tiennent pas compte des intérêts des étudiants. Par exemple, la finale nationale de football a été disputée le lundi 6 janvier 2014, premier jour du trimestre des étudiants. Le match aurait pu être joué n’importe quand durant le congé des fêtes, mais la NCAA a plutôt cédé à un contrat de télévision plus alléchant. Après tout, une partie disputée durant les heures de grande écoute entraîne une plus grande rentrée d’argent dans les coffres de la NCAA.

L’argument voulant que les athlètes renoncent à leurs droits commerciaux pour une éducation de qualité ne tient pas la route lorsqu’on apprend que les joueurs de football consacrent 43,3 heures par semaine à leur sport. C’est environ 3,33 heures de plus qu’une semaine de travail typique aux États-Unis. Avec un tel horaire, il est difficile d’être assidu à ses cours. C’est sans compter le haut taux d’absentéisme observé dans les classes puisque les joueurs sont appelés à se déplacer un peu partout aux États-Unis. Certaines compétitions, comme le March Madness (tournoi de basketball disputé en mars et en avril), demandent beaucoup de temps aux athlètes. Juste pour ce tournoi annuel, les joueurs manquent au moins six jours de classe alors que certains manquent le quart des cours du semestre.

Une richissime industrie

La NCAA se comporte de plus en plus comme une ligue professionnelle. Ses revenus ont atteint 11 milliards de dollars en 2013, ce qui représente des revenus beaucoup plus élevés que la National Basketball Association (NBA) et la Ligue nationale de hockey (LNH). Pour donner un ordre de grandeur, à elle seule, l’Université d’Alabama a généré des revenus de 143,3 millions de dollars en 2013. Aucune équipe de la LNH n’a généré autant de revenus, et seulement cinq des trente équipes de la NBA ont fait mieux que l’Université d’Alabama. Et, contrairement aux ligues professionnelles qui consacrent de 40 à 50 % de leurs revenus au salaire des joueurs, la NCAA en consacre 0 %.

Alors, où va tout cet argent? Bien entendu, les directeurs athlétiques, les administrateurs et les entraîneurs récoltent une grosse part du gâteau. En 2011, le salaire moyen d’un entraîneur de football de première division se situait à 2,05 millions de dollars alors que celui d’un entraîneur de basketball était supérieur au million de dollars. À ce chapitre, certains entraîneurs se sont particulièrement démarqués. Nick Saban, l’entraîneur de football d’Alabama, gagne plus de sept millions de dollars annuellement alors que Mike Krzyzewski, entraîneur de l’équipe de basketball de Duke, gagnait environ dix millions en 2011. À la vue de ces chiffres, il ne faut pas s’étonner d’apprendre que l’entraîneur-chef de football ou de basketball masculin est le fonctionnaire le mieux payé dans 40 des 50 États américains.

Ces données expliquent en grande partie pourquoi les athlètes américains veulent faire reconnaître leurs droits. Ils savent qu’ils amènent énormément d’argent dans les coffres des universités, tant par la vente de billets et d’outils promotionnels que par les contrats de télévision. En plus de la poursuite des joueurs de l’Université Northwestern contre la NCAA, certains joueurs comme Johnny Manziel ont manifesté leur insatisfaction. Qui n’a jamais vu la célébration de ce dernier?

De ce fait, et même si les universités investissent beaucoup d’argent dans la construction d’infrastructures (stades, vestiaires, gymnases…) dignes des plus grandes équipes professionnelles, nous ne pouvons pas rester insensibles aux revendications des étudiants-athlètes. Ceux-ci sont soumis à des règles strictes par rapport à l’argent tandis que la NCAA profite pleinement de son monopole. Avouons qu’il est assez indécent de voir la NCAA faire des milliards de dollars sans que les principaux acteurs en bénéficient. Le moment est donc venu pour que les étudiants-athlètes bénéficient d’une plus grande part du gâteau.

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