Par Sofie Lafrance

Je vous vois venir avec vos grosses auras : « Les nerfs, fille! » Mais la vérité, c’est qu’à la seconde où nous affichons un sourire forcé devant un cadeau qui nous déplaît, à la seconde où on comprend que le père Noël, c’est mononcle Réal un peu chaud, à la seconde où la magie disparaît de nos petits esprits pour se transposer dans les films américains à l’eau de rose, à cette seconde-là, nous savons tous très bien que Noël est mort et ne revivra plus.

Un Noël d’étudiant, nous allons nous le dire, ça représente le sentiment profond d’avoir si hâte que la session soit terminée que nous fantasmons sur le simple fait de pouvoir se lever plus tard que 9 h le matin et d’écouter Harry Potter en mangeant des biscuits et du lait chaud. En réalité, pour ceux qui ont un emploi étudiant, c’est savoir que sitôt le dernier examen final complété, nous avons un horaire de 42,5 heures à la job, et que non, nous ne serons pas en congé entre Noël et le jour de l’An.

C’est de savoir que Noël a perdu toute symbolique, que c’est une coquille si vide que si nous y collons l’oreille, nous entendons la mer. C’est de savoir que c’est devenu une fête commerciale bien malgré nous, mais que nous puisons dans nos minces économies pour offrir des biens à ceux qui nous sont chers. De toute façon, je ne veux pas m’embourber dans la critique de la méchante société de consommation, d’autres le font à merveille en continuant de brandir leurs cartes de crédit.

En fait, nous sommes tous un peu mal à l’aise devant le paradoxe de Noël. Est-ce que c’est correct d’écouter des chansons de Noël au centre d’achat? Est-ce que c’est correct qu’il y ait un sapin de Noël dans l’entrée du magasin? Est-ce que c’est correct d’acheter des biscuits en forme de pain d’épices? Est-ce que c’est correct de regarder un film de Noël à TVA? Est-ce que c’est correct de faire tout ça, en sachant éperdument bien que nous cohabitons avec des personnes issues de toutes les cultures de ce monde, à qui nous imposons cette pollution visuelle et auditive? Parce qu’avouons-le, nous-mêmes n’en sommes plus capables après un mois.

« C’est important de montrer notre appartenance, notre culture, de rester fidèles à nos traditions et nos racines », me direz-vous. Je le consens. Mais demander aux Autres de ne pas nous imposer leur vision et faire exactement le contraire de notre côté, ça me semble un peu hypocrite de la part d’un État LAÏQUE, non? Le jour où toutes ces actions me sembleront legit sera le jour où toutes les traditions culturelles seront célébrées de manière égale, ici aussi.


Crédit photo © Local.ch

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