Nominations pour le prix Polaris 2020 : entrevue avec P’tit Belliveau

Par Jean-Christophe Morin

Chaque année, 40 artistes sont sélectionnés dans le cadre du prestigieux prix Polaris du meilleur album canadien. Le processus débute par une longue liste de nommés, et offre une vitrine inestimable à de nombreux musiciens émergents. Véritable monument du paysage culturel canadien, le Polaris a été une consécration pour plusieurs artistes, tels que Karkwa, Arcade Fire et Patrick Watson.

Sorti tout droit de Clare, une petite communauté franco-acadienne en Nouvelle-Écosse, P’tit Belliveau a cette année eu l’honneur d’être retenu dans la longue liste du Polaris pour son album Greatest Hits Vol. 1. Voici une entrevue avec un bon vivant et un éternel optimiste pour qui la musique veut tout dire.

Mettre l’Acadie sur la map ?

Les dernières années nous ont donné leur lot d’artistes franco-acadiens. Pour ne nommer que ceux-ci, Lisa Leblanc, Les Hôtesses d’Hilaire et les Hay Babies ont foulé les scènes du Québec et nous ont partagé leur folklore avec enthousiasme et passion. Mais si le Nouveau-Brunswick s’est frayé un chemin dans le paysage culturel québécois, la Nouvelle-Écosse a quant à elle été plus timide. Le Collectif a demandé à P’tit Belliveau si sa récente nomination et son contrat chez Bonsound lui ont offert une opportunité de promouvoir sa région. À noter que pour ne pas dénaturer son propos et sa langue, les citations sont restées le plus fidèles possible à sa prononciation.

« Pour être honnête, quand y’est question de promouvoir ma culture et ma county et tout ça, ça jamais été la raison que j’fais queq’chose, mais du même, j’suis vraiment fier d’où c’que j’viens pis j’reconnais que c’est comme un effet second de tout c’que j’fais, right ? À cause que c’est une p’tite place, j’suis vraiment fier. But j’vais pas non plus mentir à le monde en disant “je fais ça pour porter ma culture sur les épaules”. À la fin de la journée, j’suis un musicien. J’veux toucher toutes sortes de monde avec ma musique pis que j’sois au Saguenay ou au Maroc, j’serais encore en train de faire de la musique », explique P’tit Belliveau, avec son accent néoécossais prononcé.

Pour lui, la promotion de sa région est « un effet second, un happy accident, mettons ».

Un message caché dans l’absurde

Lorsque le clip pour la chanson Income Tax est devenu viral au Québec, il était clair que l’artiste avait un sens de l’humour aiguisé. Utilisant des effets visuels sortis de Windows 98 en nous faisant part de sa hâte d’aller dépenser son remboursement d’impôts au Walmart, P’tit Belliveau s’est rapidement démarqué. Ses clips subséquents pour L’eau entre mes doigts et Stand There ont d’ailleurs frappé là où le bât blesse en matière d’humour loufoque. Derrière ces pitreries se trouvent cependant des messages profonds.

À propos de L’Eau entre mes doigts, P’tit Belliveau raconte le contexte dans lequel il a créé la chanson : « Quand j’ai écrit la toune, c’était dans l’âge où le monde que j’ai gradué l’école secondaire avec étaient toute en train de soit avoir un enfant, ou de s’acheter une maison, ou de compléter leur bac ou whatever, pis toute en train d’avoir leur propre vie. Pi quand tu viens d’une p’tite village comme moi, on connait toute le monde qui gradue pis leur grand-père pis leurs parents et tout le monde, right ? So de voir c’te monde-là quitter ta vie, ça te fait juste penser. Et tu sais, tes parents te disent tout le temps que quand tu grandis, tu dois “apprécier telle affaire parce que le temps passe vite, et que tu vas te tourner de bord pis tes enfants vont être des adultes”. Tout d’un coup tu te rends compte qu’ils ont raison quand y disent des choses comme ça ».

Ce constat, il le saisit comme une opportunité d’aborder la vie avec optimisme.

Le temps s’en vient et le temps s’en va

Le temps, ça coule comme l’eau entre mes doigts

Fait qu’j’vais vivre dans l’moment pis m’entourer d’joie

L’eau entre mes doigts

- P’tit Belliveau

« Beaucoup d’aspects dans ces pensées-là sont comme tristes ou depressing, mais mon but avec la toune, c’était d’essayer de l’écrire d’une façon plus optimistic », raconte le Néo-Écossais. Rappelons que le vidéoclip de la chanson est déjanté et attire l’attention par son caractère absurde. P’tit Belliveau se sert de cet habile déguisement pour porter son humble message.

Ralentir

Pour ses textes, P’tit Belliveau s’inspire de la vie simple qu’offre Baie Sainte-Marie. Qu’il s’agisse de boire du Maxwell House le matin avec ses chums à Moosehorn Lake ou de regarder les bateaux passer dans la baie, la région a assurément une influence sur sa musique.

La planète a été forcée de ralentir pendant un certain temps durant la pandémie de la Covid-19 et P’tit Belliveau y voit d’ailleurs une occasion de prendre un certain recul : « Une affaire positive qui pourrait p’têtre en sortir, c’est que j’souhaite que le monde qui ont juste dédié à leur job pour des années, p’têtre qu’ils ont eu le temps de prendre un peu de recul pis de décider ce qui est vraiment important pour eux. J’souhaiterais que y’auraient une couple de personnes qui pourrions réfléchir tout ça pis p’têtre changer ce qui vont être leur vie dans le futur ».

Chantant un hymne à la tranquillité et à la vie simple en région, P’tit Belliveau confirme qu’il ne s’installera pas à Montréal de sitôt, mais rassurez-vous, il nous visitera : « Tous les artistes acadiens, on est toute habitués de faire d’la grande route. Sept heures pour aller à Montréal, c’est pas rien de trop stressant », conclut le jeune auteur-compositeur-interprète.

Pour les intéressés, P’tit Belliveau sera de passage à la Petite Boite Noire le 9 septembre : un évènement qu’il ne faudra absolument pas manquer !


Crédit Photo @ P'tit Belliveau

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