Notre-Dame de Paris blessée, mais toujours debout

Par Abdennour Edjekouane

Quelques jours après l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi le 15 avril dernier, plus d’un milliard d’euros ont été ramassés pour la reconstruction du monument le plus visité d’Europe. Dressé durant 856 ans au cœur de Paris et témoin de plusieurs événements historiques, cet inébranlable édifice a été proie de redoutables flammes qui ont notamment détruit la célèbre flèche.

L’essentiel est sauvé

Le feu, qui a pris vers 18 h 50 au niveau des échafaudages installés sur le toit, s’est propagé rapidement en dévorant la charpente. Il n’a été maîtrisé que durant la nuit par les 600 pompiers sur place. Le parquet de Paris annonce dans la foulée l’ouverture d’une enquête pour « destruction involontaire par incendie ». La charpente, qui a vu entre autres le sacre de Napoléon 1er en 1252, a été complètement détruite. Deux voûtes, sous lesquelles a été chanté un Magnificat en 1944 après la libération de Paris, se sont effondrées, alors que la Flèche, qui abritait trois reliques, a disparu en emportant dans les flammes une des 70 épines de la Sainte Couronne du Christ, une relique de Saint Denis et une de Sainte Geneviève. Heureusement, la structure principale a été épargnée, et les risques d’effondrement ont été vite dissipés. Des trésors importants ont également été sauvés à temps ; comme l’explique André Finot, responsable de la communication de Notre-Dame, les trois rosaces, vitraux du 13e siècle, demeurent intactes, et des tableaux ont été décrochés à temps. Considéré comme l’âme de la Cathédrale, le grand orgue de Notre-Dame, construit en 1868 par Aristide Cavaillé-Coll, est également en bon état. Nicolas Géant, de son côté, apiculteur en charge des 200 000 abeilles qui logent sur les toits de la Cathédrale, confirme qu’elles sont saines et sauves ainsi que leurs trois ruches.

Témoin de grands bouleversements

La construction de la cathédrale Notre-Dame s’est étendue sur près de deux siècles. Entamés en 1163 par l’évêque Maurice de Sully, les travaux ne s’achèvent qu’en 1345. Témoin de huit siècles d’histoire, l’édifice s’est dressé fièrement durant tout ce temps. Quand la Révolution française s’achève en 1799, il est lourdement endommagé. Le célèbre roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, paru alors en 1831, initie un mouvement de sensibilisation semblable à celui qu’on connaît aujourd’hui; le livre contribue alors à la restauration durant la période allant de 1844 à 1864. Bijoux du patrimoine culturel, les rénovations faites par l’architecte Viollet-le-Duc sont vite controversées, car il y incorpore des motifs et des sculptures inédites à l’époque. Aujourd’hui, le président français, Emmanuel Macron, souhaite que les travaux de restauration s’achèvent d’ici cinq ans. Cependant, les spécialistes divergent déjà sur une question importante : la cathédrale doit-elle être rebâtie comme à l’origine? si le pays possède les ressources nécessaires pour ces travaux dantesques, il en est autrement de la main d’œuvre pour les réaliser. De plus, l’argent amassé depuis la tragédie va certes contribuer à la reconstruction rapide du monument, mais les critiques essuyées quant à cette abondance de dons font tache, spécialement dans un contexte de gilets jaunes dénonçant l’injustice et les bas salaires.


Crédit Photo @ Jeremy Melloul

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